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Votations fédérales du 30/10/08
Un grand merci |
L’initiative pour le cannabis a été nettement
refusée par le peuple et tous les cantons. La jeunesse est
beaucoup mieux protégée, si ni elle ni les adultes ont le
droit de consommer du cannabis et si la possession, la
production et la vente sont punies sévèrement.
La loi révisée sur les stupéfiants favorise le
commerce de drogues et affaiblit la protection de la jeunesse.
Soutenir la consommation de drogues dans des «shootoirs»,
administrer de l’héroïne et diminuer massivement le nombre
d’institutions résidentielles thérapeutiques sont des évolutions
qui vont dans la mauvaise direction.
Il ne nous a malheureusement pas été possible de
stopper ces évolutions néfastes. Nous continuerons à tenter de
renverser la tendance. «Jeunesse sans drogue»
«20 ans que la Suisse s’enfonce – cette fois, on arrête!»
le 30 novembre: 2xNON à la drogue
Le 30 novembre prochain, le
peuple sera appelé à se prononcer sur l’«initiative sur le
chanvre» et la «révision de la Loi sur les stupéfiants». Ces
deux projets sont en faveur d’une minimisation des dangers des
drogues, de leur légalisation et de l’extension de leur
consommation. Cette voie, que la Suisse est le seul pays au
monde à prendre, est fausse. La politique de la Confédération
en matière de drogue menée depuis 20 ans est un échec avéré:
de plus en plus de toxicomanes, la consommation de la drogue
s’étend et pas d’aide durable propre à libérer les toxicomanes
de leur camisole de force chimique. Des milliers de personnes
sont prisonnières de leur dépendance. Elles suivent pendant
des années des programmes d’administration de drogue et vivent
aux frais de la collectivité (AI, aide sociale et caisses
maladie). Les objets
soumis en votation consacrent cette politique erronée. «Cette
fois, on arrête!» Nous demandons une prévention efficace et des
thérapies qui visent l’abstinence. Elles seules offrent des
repères clairs à la jeunesse et sont porteuses de l’espoir d’un
retour à une vie digne et libre pour les toxicomanes.
Arguments contre l’«initiative sur le
chanvre»
-
L’initiative a pour but de
légaliser – au niveau de la Constitution – la possession, la
consommation et le commerce des produits à base de cannabis. Une
telle politique n’existe nulle part au monde, même pas en
Hollande.
-
Le libre accès au
cannabis/chanvre va attirer le trafic et inciter à consommer
d’autres drogues. Il en résultera une augmentation de la
criminalité, de la violence et d’autres problèmes dans nos
villes et nos villages.
-
Le cannabis cultivé
aujourd’hui en Suisse est une drogue extrêmement dangereuse qui
nuit gravement à la santé physique et psychique de la jeunesse
avant tout.
-
Chez de nombreuses personnes,
il provoque des troubles psychiques tels que des psychoses, des
hallucinations, des dépressions et des attaques de panique.
-
Très souvent les
consommateurs réguliers ne sont plus capables de terminer leur
cursus scolaire ou leur apprentissage.
-
Le cannabis n’est jamais
inoffensif et il faut continuer de l’interdire.
Arguments contre la
«révision de la Loi sur les stupéfiants»
-
La nouvelle loi s’inscrit
dans la politique de la drogue des 20 dernières années, qui a
pourtant été un échec, et ne fait que l’aggraver
considérablement.
-
L’administration officielle
d’héroïne à des toxicomanes doit être étendue à la cocaïne ainsi
qu’à d’autres stupéfiants.
Dorénavant, la Confédération va pouvoir contraindre les cantons
qui n’ont pas, pour de bonnes raisons, de locaux d’injection et
de distribution de stupéfiants à en mettre sur pied.
-
Le trafic et la consommation
de drogues vont être encore moins sévèrement sanctionnés
qu’aujourd’hui et cela bien que la politique actuelle ( coûts
sociaux directs et indirects) nous coûte déjà 4,1 milliards de
francs par année (résultat d’une étude de l’Université de
Neuchâtel). Si la nouvelle loi est acceptée, ce coût va encore
augmenter. En effet, aujourd’hui déjà, des dizaines de milliers
de toxicomanes sont incapables de travailler et vivent aux frais
de la collectivité (aide sociale, AI, etc.).
-
L’objectif d’une politique
visant l’abstinence, tout à fait réaliste, a été complètement
abandonné ces dernières années par les autorités responsables.
C’est pourquoi on veut modifier la loi. Or c’est inacceptable.
En conséquence, refusons la nouvelle loi.
PDF
La distribution d’héroïne et les
locaux d’injection
sont incompatibles avec l’objectif de l’abstinence
par Jean-Philippe
Chenaux, journaliste RP, Lausanne
«La loi fédérale a pour but de prévenir la
consommation de stupéfiants et de substances psychotropes en
favorisant l’abstinence». C’est un pas dans la bonne direction qui
a été franchi en décembre 2006 au Conseil national lorsque, sur
l’initiative de Claude Ruey et d’une majorité de la commission de
la santé, ce principe directeur a été adopté dans le cadre de la
révision partielle de la loi sur les stupéfiants. Si le Conseil
des Etats suit le National sur ce point, on pourra utilement se
référer au nouvel article premier de la LStup lors du débat sur
l’initiative «pro-cannabis» et le probable contre-projet des
commissions parlementaires programmé pour 2008.
Un pas en avant, deux pas en arrière ! Le
Conseil national, lors du même débat en plénum, a cru devoir
ancrer dans la loi la prétendue «réduction des risques» et la
prescription d’héroïne érigée en traitement remboursé par les
caisses-maladie. Loin d’avoir fait leurs preuves, ces mesures
introduites dans les années 90 torpillent la prévention et la
thérapie axée sur l’abstinence, ainsi que, dans le cas des locaux
d’injection, la répression. Elles s’inscrivent dans un projet à
caractère politique, celui d’une légalisation complète de toutes
les drogues.
Text
complet en PDF
Le mauvais combat du lobby de la drogue
par Jean-Philippe Chenaux, Centre
Patronal, Lausanne
Sale temps
pour le lobby suisse de la drogue. Depuis la décision historique
du Conseil national de ne pas entrer en matière sur le projet de
révision de la loi sur les stupéfiants, en juin 2004, il vole de
défaite en défaite et lorsqu’il croit pouvoir de nouveau marquer
un point, c’est une victoire à la Pyrrhus comme on vient de le
voir lors du dépôt des signatures pour l’initiative «pro-cannabis»:
à peine 105'000 paraphes récoltés contre 500'000 escomptés
initialement.
Ce lobby
instrumentalise la santé publique au profit d’un objectif
exclusivement politique, la légalisation de toutes les drogues.
Son programme comprend la mise en place d’une politique de
prétendue «réduction des risques», allant de la prescription
d’héroïne aux héroïnomanes et de cocaïne aux cocaïnomanes, à
l’ouverture de locaux pour l’injection et l’inhalation de drogues
illégales, en passant par l’installation d’automates à seringues
dans des lieux publics, la distribution de «sniff kits» pour les
noctambules, le «testing» des pilules d’ecstasy dans les soirées
techno, et bien sûr la légalisation du «chanvre à drogue», de la
production à la consommation. Pour que les choses soient claires,
celui dont la fondation américaine avait cofinancé l’initiative
DroLeg, en 1998, a qualifié la «réduction des risques» d’étape
intermédiaire sur la voie de la légalisation des drogues.
Comme les enveloppes budgétaires des pouvoirs
publics ne sont pas indéfiniment extensibles, et que des choix
doivent être opérés, l’effet le plus tangible des mesures de «réduction
des risques» déjà mises en œuvre a été d’affaiblir les trois
piliers traditionnels de la politique de la drogue, la prévention,
la thérapie axée sur l’abstinence et la répression. Ainsi, aucun
programme de prévention ni de soins digne de ce nom n’a été mis en
place pour répondre à l’épidémie de cocaïne née dans les années
90. Le nombre de places de thérapies axées sur l’abstinence a
brutalement chuté, faute de moyens financiers et de motivation
chez les toxicomanes. La répression du trafic de drogues est
contrecarrée par la présence de locaux d’injection qui constituent
autant de zones de non-droit où la police ne peut plus intervenir
pour recueillir le témoignage d’un toxicomane et coincer un dealer:
c’est qu’il ne faut surtout pas «stresser» les «usagers» d’un
local d’injection ou d’un «bistrot social».
Cette politique de «réduction des risques»
constitue un échec patent. On le voit aujourd’hui avec l’explosion
du nombre de surdoses mortelles (50 en 2002, 56 en 2003, 58 en
2004, 63 en 2005) à Zurich, une ville qui compte pourtant
plusieurs locaux d’injection et des narco-cliniques. Dans
l’ensemble de la Suisse, le nombre de décès dus à la drogue a
passé de 167 en 2002 à 212 en 2005. On retrouve ainsi les chiffres
de la fin des années 80, juste avant l’explosion du nombre de
victimes due à des «scènes ouvertes» dont la création avait été
tolérée par les narco-idéologues. Le lobby ne peut désormais plus
inférer de cette triste statistique annuelle que sa politique de «réduction
des risques» contribue à une diminution des décès dus à la drogue.
Lorsqu’il attribue cette augmentation à une tendance à consommer
des drogues avec d’autres substances, notamment l’alcool, et qu’il
réclame l’ouverture d’un «bistrot social» à Lausanne, il devient
parfaitement incohérent.
Les
citoyens et citoyennes de ce pays, eux, ne sont pas dupes. A
Bâle-Campagne, en septembre dernier, ils ont plébiscité une loi «anti-cannabis»
qui verrouille le marché du chanvre. A Berne, leurs élus ont
refusé un «projet-pilote» de vente «contrôlée» de cannabis aux
fumeurs de «joints». On espère maintenant que le peuple et les
cantons rejetteront aussi massivement qu’en 1998 la nouvelle
initiative «pro-cannabis», cette petite sœur de DroLeg qui
contribuerait à banaliser encore davantage le chanvre à drogue et
à en faciliter l’accès à un nombre encore plus important de jeunes.
Association romande contre la drogue (ARCD),Yverdon-les-Bains
Dachverband abstinenzorientierte Drogenpolitik (DaD),
Spreitenbach
Communiqué de presse du 13 janvier 2006
L’initiative «pro-cannabis»,
avatar de DroLeg
L’initiative populaire
fédérale «pour une politique raisonnable en matière de chanvre
protégeant efficacement la jeunesse», munie d’un peu plus de
100’000 signatures, sera donc vraisemblablement soumise au peuple.
L’Association romande contre la drogue (ARCD) et le Dachverband
abstinenzorientierte Drogenpolitik (DaD), qui œuvrent tous deux
contre la banalisation de la drogue et son acceptation sociale
facilitée, espèrent que le peuple ne se laissera pas tromper par
le libellé désinformateur de cette petite sœur de l’initiative
Dro-Leg, balayée en votation populaire.
Il aura fallu pas
moins d’un an et demi pour que cette nouvelle initiative aboutisse.
Avec les quelque 100'000 paraphes récoltés, on est loin du
demi-million escompté en 2004 par les initiants, lesquels, par
ailleurs, se donnaient vingt jours pour récolter les 200'000
premières signatures.
Cette initiative au libellé trompeur n’est
que l’avatar de DroLeg, elle aussi intitulée «initiative pour une
politique raisonnable en matière de drogue», qui proposait déjà la
légalisation de facto du cannabis. Rejetée en 1998 par 74% des
votants et la totalité des cantons, DroLeg n’avait alors recueilli
que 178’000 voix. Le 14 juin 2004, le Conseil national enterrait
définitivement le calamiteux projet de révision de loi sur les
stupéfiants, qui reprenait en grande partie les propositions de
DroLeg.
La Suisse se classe aujourd’hui en tête des pays européens
pour ce qui est de la consommation de cannabis chez les
adolescents. L’explosion du marché du «chanvre à drogue»
indigène à l’origine de ce triste record est due, pour une
bonne part, aux espoirs fallacieux suscités par la perspective
d’une libéralisation du cannabis ; espoirs trop longtemps
entretenus par une politique de la drogue minimisant les
dangers liés à ce stupéfiant. Circonstance aggravante, les «joints»
fumés aujourd’hui ont de 7 à 18 fois plus de substance active
qu’en 1995 (parfois plus de 30% de THC) et l’âge de la
première consommation (12 ans actuellement) ne cesse de
s’abaisser.
L’ARCD et le DaD estiment que l’initiative «pro-cannabis»
contribuerait à banaliser encore davantage une drogue aux effets
nocifs de mieux en mieux documentés, et à en faciliter l’accès à
un nombre encore plus important de jeunes. Ils rappellent que les
expériences de libéralisation du cannabis, notamment aux Pays-Bas
et en Alaska, se sont toutes sol-dées par des échecs. A contrario,
des politiques cohérentes et restrictives (notamment en Suède) ont
enregistré de réels succès. Subsidiairement, ils soulignent que
l’initiative est incompatible avec les conventions internationales
de l’ONU sur les stupéfiants.
Pour sortir de l’impasse actuelle,
l’ARCD et le DaD préconisent une véritable prévention, fondée sur
une prise de conscience des dangers liés à la consommation de
cannabis (effets sur la santé, désocialisation des consommateurs
chroniques, dommages et coûts sociaux), ainsi qu’un renforcement
de la législation en vigueur. Sur le plan fédéral, ils soutiennent
la motion Wasserfallen, qui prévoit une aggravation des peines
pour les producteurs et les vendeurs de «chanvre à drogue», et
l’initiative parlementaire Waber, qui soumet la culture et le
commerce de chanvre à une autorisation, interdisant par ailleurs
le recours à toute variété dont la teneur en THC dépasse 0,3%. Sur
le plan cantonal, ils se félicitent que le Tessin et Bâle-Campagne
se soient dotés de lois sur le cannabis allant dans le même sens
que l’initiative Waber. Ils souhaitent que d’autres cantons leur
emboî-tent le pas. Le marché du « chanvre à drogue », source de
grandes souffrances, doit im-pérativement être démantelé.
Cannabis et accidents de la route
Une étude française intitulée Stupéfiants et accidents mortels de la circulation rou-tière est parue vendredi 2 décembre 2005 dans le British Medical Journal. Fondée sur l’analyse systématique de 10’748 accidents mortels survenus en France entre octobre 2001 et septembre 2003, elle démontre que la conduite sous l’emprise du cannabis multiplie par deux le risque de provoquer un accident
mortel.
Les auteurs de l’enquête estiment la proportion de conducteurs circulant sous l’emprise du cannabis à 2,9%, taux identique à celui des personnes ayant absorbé de l’alcool. Le taux de personnes responsables d’accidents mortels contrôlés positifs au cannabis est estimé à 8,8%. Il est de 29,8% dans le cas de l’alcool.
L’usage cumulé d’alcool et de cannabis au volant multiplie par 14 le risque de provo-quer un accident mortel. Les conducteurs sous l’emprise du cannabis sont surtout des hommes jeunes. Parmi les moins de 25 ans, près de 10% des conducteurs au-raient fumé du cannabis, 10% auraient absorbé de l’alcool et 2 à 3% auraient cumulé les deux produits.
Avant même la publication des résultats de l’enquête, une loi a été adoptée le 3 fé-vrier 2003 qui crée une infraction spécifique de conduite sous l’emprise de stupé-fiants passible de deux ans d’emprisonnement et 4500 euros
d’amende.
Une autre étude, dirigée par le Pr Patrick Mura, président de la Société française de toxicologie
analytique, à paraître dans la revue Forensic Science International, avait pour objet de vérifier si la loi de 2003 avait entraîné une diminution de la prévalence de la consommation de stupéfiants.
Entre 2001 et 2004, 39,6% des conducteurs de moins de 30 ans morts dans des ac-cidents de la route avaient consommé du cannabis. Si la consommation d’héroïne est restée stable, le pourcentage concernant l’usage de cocaïne a été, quant à
lui, multiplié par 15.
Sources: LE MONDE des 4-5/12/05 et www.lci.fr/news/sciences
La jeunesse européenne
consomme de plus en plus de drogues
Bruxelles. La consommation de drogues augmente dans la jeunesse européenne. C’est ce qui ressort du rapport annuel 2005 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) rendu public le 24 novembre dernier.
Dans des pays comme l’Allemagne, la République tchèque ou la Grande-Bretagne, 22% des 15-34 ans consomment du cannabis, de l’ecstasy ou de la cocaïne. Selon le directeur de l’Observatoire, Wolfgang Götz, c’est surtout cette dernière qui pose un sérieux problème. Elle est actuellement responsable de 10% des décès dus à la dro-gue en Europe. 9 millions d’individus (environ 3% des Européens) ont déjà consom-mé une fois de la cocaïne et 1,5 million peuvent être considérés comme des consommateurs réguliers.
La cocaïne est de plus en plus prisée par les jeunes hommes urbains. L’Espagne et la Grande-Bretagne viennent en tête. Dans ces deux pays, environ 5% des jeunes adultes consomment de la cocaïne. Ils sont plus nombreux que les usagers d’amphétamines et
d’ecstasy.
La consommation d’amphétamines et d’ecstasy a également augmenté dans toute l’Europe. Parmi les drogues les plus consommées, l’ecstasy occupe la seconde place et les amphétamines la troisième. Mais le cannabis, avec ses 3 millions d’amateurs de joints quotidiens, conserve sa première place. Cette drogue jouit d’un essor particulier dans les nouveaux Etats de l’Union européenne. En Allemagne, on compte 1% d’amateurs parmi les 15-34 ans.
Source : Deutsches Ärzteblatt online
Une loi «anticannabis» pour
verrouiller le marché du chanvre
par Jean-Philippe
Chenaux, Centre Patronal, Paudex/Lausanne
25/8/05. «On leur a
coupé l’herbe sous les pieds!». Ce commentaire entendu le 14 juin
2004 sous la Coupole fédérale, lorsque le projet de loi sur les
stupéfiants a été définitivement enterré, traduisait la
satisfaction des partisans d’une politique de la drogue cohérente
et restrictive à l’issue d’un difficile combat livré au lobby
favorable à une libéralisation de toutes les drogues.
La mauvaise herbe, on le
sait, repousse vite. Loin de se considérer comme battu, le lobby
de la drogue est reparti en guerre, au plan fédéral; d’abord, avec
une initiative pour la légalisation «de facto» du cannabis;
ensuite, avec un paquet de recommandations d’«experts» fédéraux
proposant notamment de fondre dans une même loi l’alcool, le
tabac, les médicaments et les drogues illégales, et de «changer
les mentalités» d’ici 2015; enfin, avec la mise sur pied d’une
sous-commission drogue de la Commission de la sécurité et de la
santé publique du Conseil national chargée de rédiger un nouveau
projet de loi sur les stupéfiants, sous-commission dont est tenu à
l’écart le conseiller national Claude Ruey, l’un des adversaires
les plus déterminés d’une politique laxiste en matière de drogue.
Un mois après le
lancement de l’initiative «pro-cannabis», en juillet 2004, un
conseiller national argovien parlait de récolter au total «un
demi-million de signatures» cependant que les initiants se
donnaient 20 jours pour en récolter 200’000 et battre ainsi le
record des adversaires des FA-18. Las! Un an plus tard, il n’ont
pas encore déposé les 110'000 signatures qu’ils ont péniblement
récoltées et ils en cherchent encore plusieurs milliers, au gré
des festivals musicaux de l’été, pour compenser un important
«déchet». Avec son label trompeur («pour une politique raisonnable
en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse») et son
contenu aux effets potentiellement désastreux en termes de
protection de la jeunesse et de promotion de la santé publique,
cette initiative, qui risque bien d’aboutir, devra être combattue
avec détermination.
Le vote qui aura lieu le
25 septembre à Bâle-Campagne permettra de prendre, en cette
matière, la température de l’opinion publique. Ce jour-là, les
citoyens et citoyennes basiléo-campagnards seront appelés à se
prononcer sur un projet de loi concernant la culture et le
commerce du chanvre. Rédigé sur l’initiative de la conseillère d’Etat
radicale Sabine Pegoraro, chef du Département de justice et
police, ce projet de loi vise à verrouiller le marché à hauts
risques du chanvre industriel, comme l’a fait le Liechtenstein et
comme propose de le faire une initiative parlementaire Waber, en
imposant une autorisation préalable pour toute culture et
l’obligation d’annoncer la destination de toute récolte. Autrement
dit, seul le chanvre dit industriel, ayant moins de 0,3% de
substance psychoactive, serait autorisé. Le lobby de la drogue se
répand dans la presse bâloise pour relever le caractère
prétendument «inefficace» des mesures proposées (l’exemple
liechtensteinois prouve le contraire!) ou dénoncer cette
intolérable atteinte au droit de se shooter en couronne. Ces bons
esprits font mine d’ignorer que le laxisme témoigné jusqu’ici a
permis l’ouverture, dans le demi-canton, de 34 magasins de chanvre
dans lesquels on pouvait se procurer du cannabis hautement dosé,
de l’ecstasy, des amphétamines, du Rohypnol, et où l’on pouvait
aussi passer commande de cocaïne. Plusieurs de ces magasins se
trouvaient à proximité immédiate d’écoles. La police, par ses
nombreuses perquisitions, les a pratiquement tous contraints à
fermer. Une vingtaine de plantations illégales ont aussi été
détruites. La loi proposée, si elle s’accompagne d’un renforcement
de la prévention auprès des jeunes, devrait permettre de faire
entièrement le ménage. Pourquoi d’autres cantons n’en feraient-ils
pas autant?
Le traitement des toxicomanes
aujourd’hui
par Peter Aebersold, Zurich
En matière de
réformes néolibérales, il est beaucoup question de qualité et de
trans-parence. Mais l’opinion publique et les politiques ne sont
pas ou sont mal informés. Cela peut conduire le Parlement ou le
peuple à approuver des mesures d’économie qui s’avèrent
contre-productives. Ainsi lorsque l’Etat réduit les subventions,
les char-ges de l’aide sociale augmentent considérablement.
pae. Bien que la
plupart des quelque 100 institutions suisses pour toxicomanes
relè-vent du droit privé, elles sont doublement concernées par la
réforme administrative néolibérale. D’une part, les subventions de
l’Etat sont réduites pour des motifs d’économies et d’autre part,
les obligations et les directives se font plus nombreu-ses, ce qui
entraîne naturellement une augmentation des coûts. Cela en
contradic-tion flagrante avec les promesses néolibérales de
dérégulation et de baisse des coûts.
La réforme
administrative a, en peu de temps, modifié presque tous les
domaines du traitement des toxicomanes. A commencer par les termes
utilisés: les patients sont devenus des «clients» qu’il faut «prospecter».
Toutes les institutions doivent avoir un taux d’occupation élevé.
Et on a recours à des manipulations linguistiques. Aussi le
qualificatif d’«abstinent» désigne-t-il maintenant également celui
qui ne «consomme» qu’une drogue. On parle également de «thérapie»
lorsqu’un toxicomane suit un pro-gramme de méthadone ou d’héroïne
sans qu’il ait de chances de décrocher. Quand il n’y a pas assez
de toxicomanes désireux de s’en sortir, l’institution peut combler
les vides en accueillant ce genre de «clients». En raison de
l’administration officielle de stupéfiants, on n’adresse presque
plus de toxicomanes désireux de décrocher aux institutions
thérapeutiques si bien qu’elles n’ont pas d’autre choix que
d’aller cher-cher leurs «clients» dans la rue pour les persuader,
au cours de longs entretiens, de suivre une thérapie.
Les obligations
imposées par l’Etat sont nombreuses. Les unes (contrôle des
ali-ments) sont assez faciles à respecter mais d’autres
nécessitent des transformations coûteuses de locaux. Les «clients»
doivent être logés dans des chambres individuel-les et celles-ci
doivent avoir des dimensions précises. Le secteur des bureaux doit
être séparé de celui des chambres. Cela fait naturellement
augmenter le prix de la journée, qui est actuellement d’environ
400 francs, puisque l’Etat n’offre pas de com-pensation financière
à l’augmentation de ses exigences.
Et évidemment, le
management de la qualité ne doit pas manquer bien que les
conseillers, qui peuvent éventuellement apporter quelques bonnes
idées, occasion-nent des frais supplémentaires. Et les cours de
formation continue destinés aux col-laborateurs ne sont pas
gratuits.
La direction et
l’équipe soignante d’une institution doivent non seulement se
livrer à son activité principale, la thérapie, qui est extrêmement
difficile et exigeante, mais elles doivent quotidiennement
s’occuper de recherche de fonds, de commandes pour ses ateliers de
production, de publicité et de relations publiques parce qu’elles
ne peuvent plus compter sur une augmentation des subventions. Si
les fonds recueillis sont insuffisants, il arrive qu’une
institution, même très efficace, ne puisse survivre. Et pourtant
les thérapies visant l’abstinence, qui permettent souvent de
réinsérer avec succès les anciens toxicomanes dans le monde du
travail coûtent beaucoup moins cher que les programmes officiels
qui maintiennent les drogués dans leur dé-pendance.
Selon une étude de
l’Université de Neuchâtel de 2004, les coûts directs (frais
médi-caux, prévention, thérapie, police, justice) de la
toxicomanie en Suisse se sont élevés à 1 172,7 millions de francs
pour l’année 2000. A cela s’ajoutent, selon l’Institut suisse de
prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), des
coûts indi-rects aussi élevés (pertes pour les toxicomanes et pour
l’économie dues au fait que les drogués ne sont plus dans le monde
du travail). Cela fait donc un coût social total de 2,3 milliards
de francs. Si 50% des quelque 35 000 toxicomanes sévères recen-sés
par l’Office fédéral de la Santé publique réussissaient à
décrocher (les centres de thérapie visant l’abstinence ont des
taux de succès de 60-70%), cela représente-rait un potentiel
d’économies d’un milliard par année! Comme le montre l’exemple de
ces centres, le budget de l’Etat ne peut pas être assaini sans une
grande transpa-rence et une information objective de l’opinion
publique et des politiques.
«Ta vie le vaut bien… –
fais des choix sains»
La toxicomanie altère la conscience,
démotive, isole, détruit les corps et les esprits
par Jean-Philippe Chenaux, Centre Patronal,
Lausanne
Neuf ans déjà! Le 26 juin 1996, la journaliste
Veronica Guerin tombait sous les balles des barons de la drogue de
Dublin après s’être attaquée au trafic des stupéfiants sévissant
dans la capitale irlandaise. Un film émouvant lui a été consacré
récemment.
Cette date du 26 juin coïncide avec la Journée
internationale contre l’abus et le trafic de drogues instituée par
l’Assemblée générale des Nations Unies en 1987, pour rappeler
l’objectif que se sont donné les Etats membres de l’ONU de
parvenir à une société internationale avec le moins de drogue
possible. Chaque année, l’ONU sélectionne un thème pour cette
journée et lance une campagne de douze mois destinées à
sensibiliser au problème mondial de la drogue. Le thème retenu
pour cette dix-huitième journée est «ta vie le vaut bien… fais des
choix sains». Cette campagne s’adresse bien sûr prioritairement
aux adolescents et aux jeunes adultes, qui représentent une
population particulièrement exposée à la consommation de drogues.
C’est l’occasion pour les services spécialisés de l’ONU de
rappeler que la toxicomanie altère la conscience, démotive, isole,
détruit les corps et les esprits.
Pour lutter avec quelque chance de succès contre
ce fléau, l’organe des Nations Unies chargé du contrôle des
stupéfiants préconise l’élaboration de stratégies globales qui
combinent des actions de réduction de l’offre et aussi de la
demande. Plus l’offre d’une drogue addictive est grande, plus sera
élevé le nombre de personnes vulnérables qui y seront exposées,
plus sera grand le risque d’expérimentation et plus seront
importants les problèmes liés à la consommation de ces substances.
La réduction de l’offre de drogues illicites sur un marché dit «à
maturité», c’est-à-dire bien établi, peut amener les usagers
chroniques à se faire désintoxiquer et peut ainsi contribuer à
réduire la demande. L’organe onusien cite l’exemple emblématique
de Canberra : une réduction de l’offre d’héroïne sur le Territoire
de la capitale de l’Australie entre 1999 et 2002 a été suivie
d’une forte chute du nombre des appels adressés aux services
d’ambulances et d’une augmentation du nombre des admissions pour
le traitement à la méthadone. Une baisse de la criminalité a aussi
été enregistrée au cours de la même période.
L’organe onusien note par ailleurs avec
satisfaction les progrès très sensibles réalisés dans la mise en
œuvre du plan de lutte antidrogue au Danemark. Fondé sur le rejet
de toute légalisation des drogues, il introduit une «garantie de
traitement» en vertu de laquelle les municipalités sont tenues
d’offrir diverses possibilités de traitement aux toxicomanes dans
un délai de 14 jours après que ces derniers en ont fait la demande.
Aux Pays-Bas, le gouvernement met en œuvre un plan d’action pour
réduire la consommation de cannabis. De nouvelles directives
permettent au parquet d’accélérer les procédures engagées contre
les personnes cultivant du chanvre à drogue. Sa culture à grande
échelle pourrait être frappée d’une peine d’au moins cinq ans de
prison. Quant aux voisins immédiats de la Suisse, ils renforcent
tous leur législation antidrogue.
Il n’y a plus que le Conseil fédéral, en Europe,
qui n’a rien compris et tout oublié. Au lieu de prendre acte du
refus du Conseil national d’entrer en matière sur un projet de loi
prévoyant la libéralisation de toutes les drogues, le ministre de
l’Intérieur Couchepin a bruyamment salué la parution d’un rapport
stupéfiant, c’est le cas de le dire, de la Commission fédérale
pour les questions liées aux drogues. Celle ci se donne dix ans
pour «surmonter le blocage de mentalités», selon ses propres
termes, et abolir toute distinction entre produits légaux et
illégaux. Le lobby fédéral de la drogue montre par là que sa
capacité de nuisance est intacte. C’est une donnée dont il faudra
tenir compte dans le combat pour la prévention et la lutte contre
la toxicomanie, qui ne doit pas se relâcher.
Consommation de cannabis:
la Suisse en tête des statistiques européennes
Prise de position
de Jeunesse sans drogue
23/11/04. Pourquoi tant de
bruit à propos de faits connus depuis longtemps? Il y a pas mal de
temps déjà que des parents, des enseignants, des éducateurs et
d’autres personnes qui s’intéressent à la question ont constaté
avec inquiétude l’augmentation du nombre d’usagers de cannabis
toujours plus jeunes dans notre pays. Mais depuis peu de temps, ce
fait n’est plus présenté à un large public par les «spécialis-tes»,
les médias et les instances officielles comme une idée fixe de
quelques nostal-giques du bon vieux temps mais, puisque l’on ne
peut plus fermer les yeux, comme quelque chose de nouveau.
Ces derniers jours, la plupart
des journaux ont commenté, inquiets, la récente étude Health
Behaviour in School-Aged Children (HBSC) selon laquelle la Suisse
figure, avec la Grande-Bretagne et l’Espagne, en tête des
statistiques sur la consommation de cannabis en Europe. Dans ces
trois pays, environ un jeune de 15 ans sur 3 avait fumé du
cannabis au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête.
D’autres résultats sans
ambiguïté sont tout aussi alarmants:
A l’été 2004 ont été publiés
les résultats de l’étude européenne ESPAD (European School Survey
on Alcohol and Other Drugs) qui montre qu’en Suisse, en 2003,
envi-ron 50% des 15-16 ans avaient déjà fumé du cannabis une ou
plusieurs fois. Ceux de 13 ans étaient environ 20%. Seule une
minorité des usagers de cannabis se limite à une ou deux
expériences. 20% des consommateurs de 14 ans et 23,4% de ceux de
15 ans avaient fumé du cannabis 20 fois ou plus au cours du mois
précédant le sondage.
A l’automne 2003, les résultats
de la 5e enquête nationale en milieu scolaire de l’ISPA (Institut
suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies) ont
été rendus publics.
Dans le numéro 31 de Spectra (mars
2002), l’Office fédéral de la santé publique rap-porte que selon
des études récentes (Enquête suisse sur la santé), le nombre des
usagers de haschisch et de marijuana a considérablement augmenté
au cours des dix dernières années. Ce qui est particulièrement
inquiétant, c’est qu’ils sont de plus en plus jeunes et qu’ils
consomment ces drogues de plus en plus souvent. Un quart des 15-19
ans et plus d’un tiers des 20-24 ans ont fait l’expérience du
cannabis. En-tre les deux sondages (1992/93 et 1997), la
proportion a augmenté de plus de 80% dans le groupe le plus jeune
et de plus de 50% dans le second!
Les raisons de cette
augmentation sont évidentes. Depuis le milieu des années 1980, les
dangers de la consommation de produits dérivés du cannabis sont
consi-dérablement minimisés par des milieux aux motivations
économiques et idéologiques (amateurs et cultivateurs de chanvre,
groupements politiques, journalistes) ainsi que par les instances
officielles (Office fédéral de la santé publique, Institut suisse
de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies [ISPA],
centres cantonaux de pré-vention, etc.). Jusque récemment, le
cannabis était en vente dans des centaines de boutiques dans toute
la Suisse. De nombreuses personnes croyaient le mensonge du «chanvre
suisse naturel et bon pour la santé». L’objectif était toujours de
parvenir à une libéralisation/légalisation la plus poussée
possible. La révision de la loi sur les stupéfiants proposée par
le Conseil fédéral, qui a été, heureusement, envoyée
défini-tivement à la trappe le 14 juin 2004 par le Conseil
national, était le résultat d’une poli-tique irresponsable.
Aujourd’hui, on veut trop
souvent ignorer que le THC (tétra-hydro-cannabinol), subs-tance la
plus active des produits dérivés du cannabis que sont le haschisch
et la ma-rijuana, a des effets néfastes sur la faculté d’attention,
la mémoire et le raisonne-ment. Il réduit la motivation,
l’aptitude au travail, ce qui – surtout chez les enfants et les
jeunes – a des conséquences négatives sur les résultats scolaires,
la formation en apprentissage et l’occupation des loisirs. En
outre, les cigarettes de cannabis contiennent beaucoup plus de
substances cancérogènes que celles de tabac et une consommation
intensive de cannabis peut déclencher rapidement des troubles
psy-chiatriques (états délirants, psychoses). Les personnes qui
travaillent dans des cen-tres d’aide et de prévention ou dans des
hôpitaux psychiatriques ont constaté ces dernières années une
nette augmentation du nombre de jeunes qui souffrent de confusion
mentale.
L’association Jeunesse sans
drogue continuera, en collaboration avec toutes les personnes
conscientes de leurs responsabilités, de se battre pour protéger
les jeu-nes générations et, partant, la société tout entière des
effets destructeurs de la toxi-comanie.
Jean-Paul
Vuilleumier,
secrétaire de l’association Jeunesse sans drogue
Bibliographie
Cannabis – Etat des
lieux en Suisse. ISPA, Lausanne 2004. ISBN 2-88183-106-0
Ecole et cannabis –
Règles, mesures, détection précoce. Guide à l’intention des
enseignants et des établissements scolaires, OSFP, Berne,
ISPA, Lausanne 2004.
Lobby de la
drogue: échec et mat!
par Jean-Philippe Chenaux, Centre Patronal, Paudex/Lausanne
Il y a près d’un an, en septembre 2003, le Comité romand contre la révision de la loi sur les stupéfiants diffusait à 8'000 exemplaires une brochure intituléeEchec au lobby de la drogue et participait à la rédaction d’une brochure en allemand intitulée Stopp der Drogenlobby. Aujourd’hui, le lobby de la libéralisation de toutes les drogues se trouve échec et mat.
Produit hautement toxique
Le 14 juin, par 102 voix contre 92 et avec 2 abstentions, le Conseil national a en effet réduit en confettis le projet de loi Dreifuss-Couchepin qui prétendait non seulement dépénaliser la consommation et le petit trafic de cannabis, mais aussi tolérer la production et le commerce de gros de cette drogue, limiter l’obligation de poursuivre la consommation de tous les autres stupéfiants, biffer l’héroïne de la liste des substances interdites et faire de la prescription de cet opiacé une thérapie reconnue et donc remboursable par l’assurance-maladie, ancrer dans la loi la prétendue «aide à la survie» et donc imposer aux cantons qui n’en veulent pas des locaux d’injection pour la consommation de drogues illicites, le tout assorti d’un renforcement considérable du rôle moteur de la Confédération dans la politique de la drogue. Lors de la première lecture, le 25 septembre 2003, la Chambre du peuple avait déjà refusé le projet scélérat par 96 voix contre 89.
Mensonges fédéraux
«D’après le gouvernement, la révision proposée est compatible avec les conventions internationales en matière de stupéfiants», assurait encore Christiane Imsand, correspondante parlementaire, dans sept quotidiens romands du 14 juin. Patatras! Le conseiller national libéral Claude Ruey, en plénum, apporte la preuve que M. Couchepin a caché la vérité au peuple suisse. Il donne lecture d’une lettre adressée au Conseil fédéral le 16 juin 2003 par le président de l’institution gardienne des conventions internationales: «Si le projet de loi était adopté sous sa forme actuelle, la situation serait telle en Suisse que l’Organe international de contrôle des stupéfiants n’aurait pas d’autre choix que d’envisager de
prendre, à l’égard de ce pays, les mesures prévues par l’article 14 de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961», lequel prévoit l’adoption de mesures de rétorsion. Pour faire bon poids, le conseiller national libéral cite une interview de Pierre Rey accusant Mme Dreifuss d’avoir elle aussi menti lorsqu’elle affirmait que le cannabis n’était pas plus dangereux que l’alcool et la
cigarette: «Mme Dreifuss ment, tout simplement. Car elle sait très bien que d’autres experts, tout aussi respectables que les siens, disent le contraire. Elle devrait avoir au moins l’objectivité de reconnaître qu’elle cite un seul point de vue». C’est très précisément ce qui s’est passé en commission de la santé, le 1er avril dernier.
Appelé à commenter sa propre défaite dans la NZZ am Sonntag, le Dr Thomas Zeltner, directeur de l’Office fédéral de la santé publique et lauréat d’une fondation américaine demandant la légalisation de toutes les drogues, a expliqué que le vent avait commencé à tourner l’automne dernier, lorsque «certains milieux ont thématisé de nouvelles études qui toutes soulignaient la dangerosité du cannabis, ce qui a créé la sensation dans les médias et a eu pour effet de
"désécuriser" de nombreux parlementaires».
Efforts récompensés
Le fait est que, dès septembre dernier, le Comité romand contre la révision de la loi sur les stupéfiants, au sein duquel le Centre Patronal est bien présent, a multiplié les séances de travail, les publications, les conférences de presse, les contacts avec les parlementaires et même avec M. Couchepin, pour présenter des faits, des faits, et encore des faits en relation avec les derniers développements scientifiques et épidémiologiques en matière de drogues et notamment de cannabis. Ces efforts, combinés à ceux de son pendant alémanique, ont contribué à renverser la vapeur.
La décision historique du Conseil national ne crée aucun vide juridique. Elle ouvre la voie à une application plus stricte des lois en vigueur aux plans cantonal et fédéral et à des mesures visant à les compléter si nécessaire, notamment en matière de prévention et de prise en charge des toxicomanes.
Source : Patrons 7-8/2004
Décision historique du Conseil national
Communiqué de presse du 15 juin 2004
Rejet définitif du projet de révision de la loi sur les stupéfiants
Nombreux sont ceux qui sont soulagés et espèrent à nouveau que l’on va pou-voir mettre un frein aux problèmes de plus en plus inquiétants que pose le cannabis (culture, commerce et consommation).
Pendant 15 ans, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), sous la direction de Thomas Zeltner et de l’ex-conseillère fédérale Ruth Dreifuss, a mené une politique de la drogue minimisant les dangers de la toxicomanie et a contribué à une augmentation considérable de la consommation de cannabis, de cocaïne et de drogues de synthèse chez des adolescents de plus en plus jeunes.
Le Conseil national a courageusement rejeté un projet de révision inapplicable et dangereux et ouvert la voie à une application plus stricte des lois en vigueur aux plans cantonal et fédéral et à des mesures visant à les compléter là où c’est nécessaire.
L’association Jeunesse sans drogue lutte depuis 10 ans en faveur d’une poli-tique de la drogue responsable qui vise l’abstinence et elle continuera à le faire. Elle remercie infiniment tous ceux qui ont contribué à effectuer ce changement de cap historique.
Markus Kündig, ancien conseiller aux Etats,président
Jean-Paul Vuilleumier,
secrétaire
Communiqué de presse du 10 juin 2004
LStup : un projet dépassé et nuisible pour la jeunesse
Le Comité romand contre la loi sur les stupéfiants
(LStup) s’oppose avec force au projet de loi sur les stupéfiants. Ce projet est dépassé et nuisible pour la jeunesse ; il entraînera une augmentation de la consommation de drogues et isolera la Suisse sur le plan international. Les appels à l’aide lancés par les enseignants
suisses, soucieux de ne pas voir l’Etat banaliser la consommation, doivent être
entendus. Ce n’est vraiment pas le moment de démissionner face à ce fléau qu’est la consommation de
stupéfiants, a-t-il indiqué.
Réunissant plus de 200 personnalités de Suisse
romande, le comité a pour but de défendre et de promouvoir une politique de la drogue restrictive et cohérente basée sur l’abstinence et favorisant une réduction à la fois de l’offre et de la
demande. S’exprimant par la voix de ses deux animateurs, MM. Maximilien Bernhard, secrétaire du
Comité, et Jean-Philippe Chenaux, secrétaire patronal, ainsi que par celle des conseillers nationaux Thérèse Meyer,
PDC/FR, Pierre-François Veillon, UDC/VD, Didier Burkhalter, PRD/NE, et Claude
Ruey, PLS/VD, le comité a notamment rappelé les points suivants :
1. La consommation de produits stupéfiants, quels qu’ils
soient,
est mauvaise pour la jeunesse, pour les familles, pour la
société. C’est un fléau à combattre.
2. Le meilleur moyen de combattre ce fléau est une lutte à multiples facettes qui comprend la
prévention, les soins et la répression. C’est donc un processus complexe et complet. En affaiblissant le pilier de la
répression, le projet conduit immanquablement à une augmentation de la consommation de
stupéfiants.
3. Dépénaliser le cannabis, tolérer sa production et son commerce, et confier au Conseil fédéral un principe d’opportunité pour les autres drogues
est dangereux. C’est un signal négatif pour les jeunes, cela entravera les parents et les enseignants dans leur tâche
éducative. Les jeunes ont besoin de limites et de repères. Les adultes doivent pouvoir exercer l’autorité en se basant sur des règles
claires. Les appels lancés par les enseignants suisses, soucieux de ne pas voir l’Etat banaliser l’usage du
cannabis, sont un signal d’alarme ; ils doivent être entendus.
4. Le projet de loi est dépassé ; il a dix ans de retard. Il ne tient pas compte de l’évolution, en particulier de l’augmentation de la teneur en THC du cannabis et des récents travaux qui montrent le caractère beaucoup plus dangereux de cette drogue que ce qu’on croyait
auparavant.
5. Contrairement à ce qu’affirment les partisans de la
loi,
on n’a pas assisté en Suisse à un échec de la politique de répression au cours des quinze dernières
années, mais bien plus à l’application anticipée dans les faits de la politique de
dépénalisation. On voit à quel échec cela conduit. Ce n’est vraiment pas le moment d’inscrire cette politique dans la
loi. Mais il faut rétablir de la clarté pour tous.
6. Les expériences d’ «ouverture» ne fonctionnent
pas. Elles conduisent à l’échec là où elles sont appliquées (Pays-Bas,
Espagne, Etats-Unis avant 1979, Alaska). En revanche, on constate
des résultats positifs là où ont été appliquées des règles plus sévères
(Suède, Islande, Etats-Unis 1979-1992).
7. Accepter le projet de loi conduirait à isoler la Suisse sur le plan international. Nos
voisins, qui renforcent leur législation anti-drogues, s’inquiètent de voir un développement de la vente de cannabis à leurs
frontières. En outre, la dépénalisation est contraire aux conventions internationales en matière de
stupéfiants. La Suisse ne doit pas devenir la Colombie de l’Europe.
8. Le fait de refuser la loi ne crée aucun vide. D’abord, il n’y a pas besoin d’une nouvelle loi pour développer la prévention et la prise en charge des
toxicomanes, ni pour donner des consignes claires à la police et à la
justice, ce qui a déjà été fait dans plusieurs cantons. Ensuite, le refus de ce projet n’empêche pas le Conseil fédéral de revenir avec une loi basée prioritairement sur l’abstinence et reprenant certains éléments non contestés en matière de prévention et de
soins.
Contact : Maximilien Bernhard
secrétaire du Comité romand
Case postale 29
1400 Yverdon-les-Bains
Tél. 079 / 600.99.68 • fax 024 / 425.96.46
Dix années de dérive en matière de
prévention de la drogue en Suisse
Jean-Philippe Chenaux, Centre Patronal,
Paudex/Lausanne
C’est le 14 juin que le Conseil national se prononcera sur le projet de révision de la loi sur les
stupéfiants: «un projet de loi scélérate, incompatible avec la politique de la santé et indigne d’un Etat de
droit», ainsi que le définissait le Dr Yves Guisan dans 24 heures; un projet de loi qui reprend la plupart des objectifs de l’initiative
DroLeg, balayée en 1998 par 74% des votants, qui évacue l’objectif de l’abstinence et qui porte un coup terrible à la
prévention, à la thérapie et à la répression du trafic en légalisant de facto le cannabis et en tolérant la consommation de drogues
«dures» comme la cocaïne.
A quelques jours de ce vote
capital, un vent de panique souffle dans le camp des partisans de l’entrée en
matière. Tous les arguments sont bons pour inciter les parlementaires encore indécis à franchir le
pas. L’un de ces arguments, qui revient comme un leitmotiv, mérite qu’on s’y
arrête. «Si le Conseil national refuse une deuxième fois d’entrer en
matière, sa décision signera l’échec de dix années fructueuses de prévention de la drogue en Suisse», a déclaré le Dr Toni
Berthel, président de la Société suisse de médecine de l’addiction, lors d’une conférence de presse.
En réalité, les dix années écoulées ont été tout que
«fructueuses» en matière de «prévention de la drogue»: selon l’Enquête suisse sur la
santé, le nombre de personnes consommant du cannabis a doublé de 1992 à 2002 et continue d’augmenter avec l’explosion de la culture du
«chanvre à drogue» et du commerce de ses dérivés, l’un et l’autre
«dopés» par la perspective d’une légalisation de facto du cannabis.
En 1991, lorsqu’il adopte son
«train de mesures», le Conseil fédéral se fixe pour objectif de stabiliser le nombre des toxicomanes à 30'000 d’ici à 1993, puis de réduire l’effectif de 20% pour le ramener à 24'000 d’ici à 1996. Cet objectif n’a jamais été
atteint. La Suisse compterait actuellement 40'000 personnes accrochées à l’héroïne et à la cocaïne et 140'000 personnes consommant
«occasionnellement» de la cocaïne (NZZ am Sonntag, 5.10.2003, citant l’ISPA et
l’OFSP).
A des épidémies de cannabis et de cocaïne s’ajoutent les ravages causés par l’ecstasy et autres drogues de
synthèse, souvent consommées avec de l’alcool et des médicaments.
Des moyens de plus en plus importants ont été alloués à des institutions «à bas
seuil» d’exigences et à des «shootoirs», aux dépens des institutions thérapeutiques visant à l’abstinence et simultanément actives dans le domaine de la
prévention. Le nombre de places offertes par ces dernières institutions a fortement
diminué. Ce mouvement s’est amplifié avec le retrait de l’OFAS du financement des thérapies de la dépendance et le transfert de celui-ci aux
cantons. Il en résulte un grave déséquilibre de la politique des quatre piliers instituée au milieu des années 90.
Avec 194 décès enregistrés en 2003 contre 167 en 2002, le nombre de décès dus à la drogue a augmenté l’an dernier de 16,2%. Le nombre de décès par surdoses continue d’être supérieur à ce qu’il était jusqu’au milieu des années 80, ce qui ne plaide pas en faveur des programmes de prescription d’héroïne. Le recul observé dans la deuxième moitié des années 90 était
dû, de toute évidence, au démantèlement des scènes ouvertes de la
drogue.
Les cas de sida et d’infection par le virus HIV sont en hausse depuis 2000. Alors que leur nombre ne cessait de diminuer depuis 1992, les cas d’infection
(tests VIH-positifs déclarés par les laboratoires de confirmation) ont fait un bond de 585 en 2000 à 793 en 2002, pour se stabiliser au niveau élevé de 757 en 2003, l’injection de drogue comme voie d’infection représentant 17,1% des cas l’année dernière contre 13,7% en 2000 et 12,2% en 2002.
Le nombre d’infections par le virus de l’hépatite C est lui aussi en
hausse, malgré la multiplication des locaux d’injection et autres mesures d’«aide à la
survie». Dans 60 à 80% des cas apparaît une maladie chronique qui conduit souvent (entre 3 et 20% des
cas) à une maladie du foie irréversible.
Les stratégies de réduction des risques s’appuyaient notamment sur certains rapports d’experts affirmant que la consommation de drogues correspond dans la plupart des cas à
«une phase de crise passagère» dans la biographie des personnes. «En préservant l’état de santé de l’individu durant cette
phase, on augmente les chances qu’à l’individu d’arrêter de consommer des
drogues» (Message du Conseil fédéral du 9 mars 2001). On voit aujourd’hui les limites de ces stratégies que le projet de révision veut ancrer dans la
loi.
Refuser d’entrer en matière le 14
juin, ce sera non seulement dire non à la légalisation de facto du
cannabis, mais renvoyer au Conseil fédéral pour refonte totale un projet qui ne ferait qu’accentuer dix années de dérive en matière de prévention de la drogue en Suisse.
(L’AGEFI, 2 juin 2004)
La commission du National dit non
à la dépénalisation du cannabis
Lors de sa séance du 1er avril 2004 la Commission de la Sécurité sociale et de la Santé publique du Conseil national a décidé par 13 voix contre 12 de recommander au plénum de refuser une nouvelle fois d’entrer en matière sur le projet de révision de la loi fédérale sur les stupéfiants.
L’association «Jeunesse sans drogue» félicite les membres de cette commission ayant voté non
(4 PDC, 7 UDC et 2 radicaux romands) de leur clairvoyance et de leur courage.
La date des délibérations du National n’est pas encore arrêtée définitivement. Elle aura probablement lieu en
juin, éventuellement lors de la session spéciale de mai.
Si le National suit sa commission, cette révision irresponsable de la loi fédérale sur les stupéfiants sera enterrée. Alors seulement les quelques aspects posant problème dans la loi actuelle pourront être corrigés.
Source: Communiqué de l’association «Jeunesse sans drogue» du 2/4/04
Le cannabis est la drogue numéro un
De plus en plus d’Européens de l’Ouest
cultivent du chanvre pour leurs besoins personnels
En Allemagne, le cannabis reste la drogue illégale numéro un. Selon
l’Organe international de contrôle des stupéfiants de l’ONU
(OICS),
de plus en plus d’Européens de l’Ouest cultivent illégalement du chanvre pour couvrir leurs be-soins personnels en stupéfiants.
De plus, l’OICS précise, dans son dernier rapport annuel, que les quantités de cocaïne entrées en fraude en Europe augmentent et que la consommation d’héroïne, qui était en recul, pourrait bien augmenter à nouveau en raison des récoltes records en Afghanistan. En outre, le commerce illégal de stupéfiants via l’Internet constitue un autre problème.
C’est tout particulièrement l’augmentation de la consommation de cannabis qui inquiète les contrôleurs de l’ONU. Le secrétaire de l’OICS Herbert Schaepe a déclaré récemment à Berlin: «Les jeunes considèrent cette drogue comme inof-fensive et légale. C’est une
erreur.» Sa concentration en tétrahydrocannabinol (THC) [principe actif majeur du cannabis] est de 25% alors qu’elle n’était que de 2% à l’époque des hippies.
Bien que le cannabis n’entraîne pas de décès, un quart des places de thérapie sont actuellement attribuées à des personnes dépendantes de ce stupéfiant. Des enseignants allemands se plaignent de ce que la consommation augmente chez les adolescents à partir de 13 ans déjà. «Le manque de motivation scolaire de nombreux élèves est dû directement à l’influence de cette drogue», a déclaré
Schaepe.
L’OICS déplore l’intensification du commerce des stupéfiants sur Internet et réclame des mesures officielles. C’est dans les pharmacies en ligne des USA que se commandent 90% des substances soumises au contrôle international. Dans bien des cas, il s’agit de produits
dopants.
Les différentes conventions des Nations unies sur les stupéfiants ont été ratifiées par 170 pays environ. L’OICS est un organisme des Nations unies qui veille au respect des lois sur les stupéfiants. Son rapport annuel apporte notamment des informations sur les tendances de la consommation de drogues dans le monde entier. Il peut être consulté sur le site Web
www.incb.org.
Source: Deutsche Ärzte Zeitung du 4/3/2004
Suisse - L’Etat dealer comme réalité
Jean-Philippe
Chenaux, Centre Patronal, Paudex/Lausanne
Par 28 voix contre 12, le Conseil des Etats a accepté hier d’entrer en matière sur le projet de révision de la loi fédérale sur les stupéfiants. Urs Schwaller (PDC/FR), proposait d’abandonner le projet pour faire place «à un véritable travail de prévention qui ne transforme pas la Confédération en Etat dealer».
Avec mes bons messages, JPC/3.3.04
La première loi fédérale sur les stupéfiants a été introduite en Suisse en 1924, dans le prolongement d’une épidémie de drogue qui sévissait en Europe. L’année suivante, mais c’est là une simple coïncidence, Louis Aragon écrivait ces lignes hallucinées: «Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère […]. Monde occidental, tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe […]. Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs au milieu des prohibitions absurdes. Soulève-toi,
monde. Voyez comme cette terre est sèche, et bonne pour tous les incendies. On dirait de la
paille.»
Ces imprécations, on en conviendra, sont étonnantes. De là à affirmer que c’est le programme de la prétendue «révolution surréaliste» qui est en train de se réaliser sous nos yeux, il y a, bien sûr, un pas que l’on s’interdira de
franchir.
La révolution à laquelle nous assistons – car il y a bien révolution – n'a rien de
"surréaliste". Des fondations américaines, financées à coups de millions de dollars par un broker de la bourse des matières premières de Chicago et un richissime
"spéculateur philanthrope", ont déclaré la guerre aux législations anti-drogues en décrétant que la répression avait échoué. Dans l'esprit de son fondateur, l'une de ces fondations se veut l'instrument d'une
"révolution progressive des idées qui annonce elle-même une révolution du pouvoir politique", révolution appelée à se développer au niveau international. Son programme de légalisation de toutes les drogues est relayé en Europe par plusieurs organisations abolitionnistes et un petit parti extrémiste italien à vocation continentale qui joue les courroies de
transmission.
Deux de ces fondations, aujourd'hui fusionnées, ont suivi de très près les expériences conduites dans le laboratoire suisse. L'une s'est manifestée lors de la campagne pour l'initiative DroLeg, qui demandait précisément la légalisation de toutes les drogues. Elle a participé au financement de pages entières de publicité favorables à l'initiative insérées dans de prestigieux quotidiens helvétiques. L'autre s'est spécialisée dans la distribution de prix à de petits soldats de la grande révolution libérationniste, jetant notamment son dévolu sur le directeur de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) et plusieurs autres figures de proue de la nouvelle politique suisse de la drogue . On frémit à la pensée que des milliers de dollars liés à ces prix ont peut-être été versés dans les caisses de la
Confédération.
Plus inquiétant encore est le fait que le projet de révision de la loi fédérale sur les stupéfiants réalise aujourd’hui pratiquement tous les objectifs de DroLeg, initiative qui a pourtant été balayée par 74% des votants en 1998. Ce projet politique issu des bureaux de l’OFSP et avalisé par le Conseil fédéral constitue un véritable démantèlement de la législation suisse anti-drogue: dépénalisation de la consommation du cannabis et de ses mesures préparatoires, création d’un marché légal des produits dérivés du chanvre (une ordonnance fédérale en réglant la production et le commerce et l’Etat prélevant une taxe), application du principe d’opportunité à la poursuite de la consommation de toutes les drogues, ancrage dans la loi de la distribution d’héroïne comme «thérapie reconnue»
(l’héroïne étant biffée de la liste des substances interdites), ancrage dans cette même loi, au même titre que la prévention, la thérapie et la répression, de l’«aide à la survie»
(qui comprend notamment la mise à disposition de «shootoirs» et d’automates à seringues pour la consommation de drogues illégales), avec en prime un renforcement inouï des compétences attribuées à la Confédération dans la politique de la drogue.
Un parlementaire vaudois, médecin de son état, a qualifié le projet de «loi scélérate». Avant même d’être soumis aux Chambres, ce projet a suscité l’espoir d’une rapide libéralisation, favorisant du même coup la production et le commerce de chanvre à drogue dans des proportions encore jamais vues en Europe. Ce n’est pas un hasard si le Spiegel a pu présenter la Suisse comme un «Paradies für Kiffer» – un paradis pour les fumeurs de joints. La Broye, où des cultures de chanvre sont protégées à l’aide de miradors, a été surnommée «la Colombie de la Suisse». Et pendant qu’on prescrit chaque année 200 kilos d’héroïne «pure» à des héroïnomanes, le lobby suisse de la drogue réclame déjà la distribution de cocaïne «pure» aux cocaïnomanes.
Les trafiquants de drogue ne chercheront plus à se jeter sur cette terre desséchée décrite par Aragon, où ils y étaient traqués. Ils s’y sont installés et l’on ne voit pas comment on pourra les en déloger lorsque des habitudes de consommation auront été
prises, avec une ordonnance fédérale dont le contenu échappera totalement au Parlement, donc au peuple, si l’on ne fait pas barrage à la loi elle-même.
Le Prof. Thomas Zeltner (directeur de l’OFSP), le Prof. Ambros Uchtenhagen (directeur de l’Institut de recherche sur la toxicomanie, Zurich), le Dr Robert Hämmig (Services psychiatriques universitaires de Berne), le Dr André Seidenberg
(médecin à Zurich) et le Dr Margret Rihs-Middel (coordination de la recherche en matière de drogue à
l’OFSP) ont reçu le «Norman E. Zinberg Award for Achievement in the Field of Medicine» à l’occasion de la réunion du Lindesmith Center et de la Drug Policy Foundation, en 2001. Ce prix est décerné «aux chercheurs médicaux qui mènent des travaux ambitieux dans le domaine de la drogue sans se laisser influencer par l’air du temps» (sic). En sa qualité de représentant de la ville de Zurich, M. Ueli Locher s’était vu décerner en 1993 déjà le «H. B. Spear Award for Achievement in the Field of Control and Enforcement»; il avait partagé ce prix avec les trois autres porte-parole de la Conférence des villes signataires de la Résolution de Francfort, autre lobby œuvrant à l’abolition des législations anti-drogues.
CANNABIS:
UNE DROGUE DE PLUS EN PLUS FORTE
Dr Werner
Bernhard, chef de la Division de chimie et toxicologie judiciaire
de l’Institut de médecine légale de l’Université de Berne,
Courtaman
En
2002, la Division de chimie et toxicologie judiciaire de
l’Institut de médecine légale de l’ Université de Bern a
analysé plus de 2’000 échantillons de produits de
chanvre saisis par la police, sur mandat des institutions
judiciaires des cantons de Berne, Fribourg, Soleure et Argovie.
Pour
la marijuana, le taux moyen de THC était de 13%.
Par marijuana,
on entend les fleurs et les feuilles séchées de la plante de
chanvre. Aujourd’hui,
le produit le plus vendu
est la marijuana issue des fleurs femelles séchées, dont le taux
de THC dépassait toujours 5%. Les fleurs des plantes femelles de
chanvre provenant de cultures «indoor» affichaient des taux de
THC allant jusqu’à 28%.
Pour
le haschisch, c’est-à-dire la résine de cannabis,
le taux de THC se situait, selon les échantillons, entre 7 et
28%. La moyenne était
de 20%.
L’huile
de haschisch fait rarement l’objet de saisies et
contient habituellement 30% de THC. Le taux le plus élevé en
2002 était de 60%.
Pour
une information détaillée concernant des résultats d’analyses
de stupéfiants en Suisse en 2002, voir aussi
[1].
Pour
la première fois, notre laboratoire a aussi analysé des produits
cannabiques qui étaient achetés sur le marché illégal de
la drogue en Suisse. Le prix moyen par gramme était
approximativement de 10 francs. Les stupéfiants ont été achetés
pour analyse au cours du quatrième trimestre 2002 [2].
Ces
analyses étaient représentatives pour les taux de THC de
marijuana et de haschisch dans toute la Suisse. Dans le cadre de
cette étude, nous avons analysé 57 échantillons de cannabis
affichant un taux moyen de
THC de 14,5% (fig.1).

7
échantillons de marijuana étaient étiquetés «indoor». 34 échantillons
de marijuana ne portaient aucune indication (ni «indoor», ni «outdoor»).
Tous ces échantillons de marijuana provenaient de producteurs
suisses. En plus, 15 échantillons de haschisch et un échantillon
d’huile de haschisch ont été analysés (fig. 2).

(1=
marijuana sans
indication, 2
= marijuana
«indoor», 3 = haschisch, 4 =
huile
de haschisch)
Une
partie des échantillons de haschisch était d’origine étrangère.
Les
34 échantillons de marijuana qui n’étaient pas
indiqués «indoor» ou «outdoor» affichaient
des taux de THC compris entre 4 et 22%, le taux moyen s’élevant à 13,7%.
Les
échantillons de marijuana qui étaient étiquetés «indoor» contenaient
des taux de THC entre 15 et 27%. Le taux moyen
de ces analyses était de 21,3%.
Le
taux de THC du haschisch se situait entre 7 et 25%
(moyenne
13%).
L’huile
de haschisch contenait 21% de THC au total.
Conclusion
La
marijuana actuellement disponible sur le marché suisse clandestin
est 7 à 18 fois plus forte qu’il y a quelques années.
La marijuana «indoor»
produite en Suisse contient souvent des taux de THC plus élevés
que le haschisch de provenance étrangère (le fameux «afghan
noir» contenait 7% de THC au total).
En
comparaison avec les Etats-Unis, les produits cannabiques suisses
sont très puissants. En juin 2002, l’Orlando Regional Crime
Laboratory a analysé 36 échantillons de marijuana. La
moyenne
de ces analyses donnait un taux de 6,2%. Les taux de THC (valeur
totale) de ces échantillons
se situaient entre 2 et 13% [3].
Fumer
un «joint» constitue, en Suisse, la forme la plus fréquente de
consommation du cannabis. Ce «joint» est généralement la
combinaison d’un stupéfiant (le cannabis) et d’un produit aux
effets nocifs pour les voies respiratoires et qui crée une forte
dépendance (le tabac). Aussi le chanvre suisse à drogue mérite-t-il
pleinement le terme allemand de «Rauschgift».
W. B.
Révision
de la Loi sur les stupéfiants
Victoire
de la raison au Conseil national
par
Jean-Paul Vuilleumier, secrétaire de l’association
Jeunesse sans drogue, Zurich
26/9/03.
Par 96 voix contre 89 et 4 abstentions, le Conseil national à
refusé l’entrée en matière sur la révision de la loi sur les
stupéfiants que le Conseil fédéral avait présentée en mars
2001 et que le Conseil des Etats avait acceptée en décembre de
la même année. Cela montre à l’évidence que la majorité du
Conseil national n’est pas prête à accepter la légalisation
de la consommation, de la culture et du commerce du cannabis.
Cette
décision a été appuyée par les représentants de l’Union démocratique
du centre (UDC), du Parti libéral (PLS), du Parti évangélique
populaire (PEP), de l’Union démocratique fédérale (UDF), des
Démocrates suisses (DS), d’une majorité du Parti démocrate-chrétien
(PDC) et de la minorité romande du Parti radical démocratique
(PRD) contre les représentants du Parti socialiste (PSS), du
Parti écologiste (PES) et de la majorité du PRD.
Arguments
principaux en faveur d’une politique responsable et restrictive
en matière de drogue
Les
arguments suivants ont été avancés lors du débat au Conseil
national pour motiver le refus d’entrer en matière:
-
L’objectif
de l’abstinence ne doit pas être abandonné mais être
inscrit dans la loi. Il faut avoir le courage de fixer des
limites et d‘envoyer un signal sans ambiguïté contre la
consommation de drogue.
-
Il
est faux de prétendre que le cannabis est moins dangereux
pour la santé que le tabac ou l‘alcool. En outre, le
cannabis offert aujourd‘hui en grandes quantités sur le
marché est beaucoup plus toxique qu‘auparavant. (cf.
article Cannabis: une
drogue de plus en plus forte.)
-
Il
est également fallacieux de prétendre que l‘actuelle législation
criminalise les
amateurs de cannabis et qu‘il est urgent de dépénaliser la
consommation de ce stupéfiant. Au regard de la loi, il
s‘agit d‘une simple infraction sanctionnée par une amende.
Ce n‘est pas plus grave que de dépasser le temps de
stationnement ou de rouler un peu trop vite. Il ne viendrait
à l‘esprit de personne de parler ici de criminalisation
des automobilistes.
-
Le
projet de révision correspond en grande partie au contenu de
l‘initiative populaire DroLeg
qui a été rejetée de manière claire et nette par la
majorité des citoyens. Ce dont nous avons besoin, c‘est
d‘une politique
restrictive qui protège les individus. Il ne faut pas légaliser
les drogues dites douces.
-
Des
enseignants, des parents, des médecins et des policiers
mettent en garde contre les dangers de la légalisation du
cannabis. Avec une telle politique, notre pays ferait
exception en Europe et deviendrait une plaque tournante du
trafic de drogue.
-
L‘Organe
international de contrôle des stupéfiants, commission
d‘experts de l‘ONU, précise, dans ses rapports 2001 et
2002, que le projet de modification de la loi suisse sur les
stupéfiants contrevient aux conventions internationales que
notre pays a pourtant ratifiées et constituerait une erreur
historique.
-
La
politique de banalisation du cannabis et d‘autres drogues,
notamment par l‘Office
fédéral de la santé publique, met en péril l‘avenir
de beaucoup de jeunes gens et berce la population de promesses
illusoires.
-
La
toxicomanie a des effets néfastes sur la société et ne peut
pas être laissée à la responsabilité individuelle, comme
le souhaiteraient notamment certains membres du PRD.
-
La
proposition faite par la commission du Conseil national
d‘instituer une taxe sur le cannabis, laquelle rapporterait
quelque 300 millions de francs par année et profiterait à
l‘AVS, à l’AI et à la prévention
de la toxicomanie est moralement inacceptable et absurde
car le cannabis officiel coûterait plus cher que celui du
marché noir.
-
Il
est hypocrite de vouloir d‘une part libéraliser le cannabis
et de prétendre d‘autre part qu‘il faut renforcer la prévention
et la protection de la jeunesse. Ni les jeunes ni le reste de
la population ne comprennent ce raisonnement.
Et
maintenant?
La
question est renvoyée au Conseil des Etats qui devra se prononcer
à nouveau au plus tôt lors de sa session de décembre prochain.
Au cas où il s‘associerait à la décision du Conseil national,
la révision serait définitivement enterrée. Il en irait de même
si le Conseil des Etats maintenait sa position et que le Conseil
national refuse à nouveau l‘entrée en matière. Une autre
possibilité serait que le Conseil des Etats maintienne sa
position et que la commission du Conseil national compétente présente
une nouvelle version du projet, mais cela ne pourrait guère se
faire avant le printemps ou l‘été 2004.
Après
ce premier succès, le Comité romand contre la révision de la
loi sur les stupéfiants, l‘Association
faîtière pour une politique de la drogue basée sur
l‘abstinence, les organisations qui se sont jointes à elle
et tous les citoyens partisans d‘une politique responsable et
restrictive vont continuer à s‘investir au cours des prochains
mois. Il s‘agit de protéger notre jeunesse et la société en général
des effets néfastes de la toxicomanie et des agissements du lobby
de la drogue déjà bien installé dans notre pays.
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| |
 |
Organe
international de contrôle des stupéfiants de l’ONU
«Le
public a le droit de connaître les conséquences sanitaires et
sociales liées à l’usage éventuel de cannabis dans des
proportions analogues, en quantité et en fréquence, à ce qui
est le cas pour le tabac et pour l’alcool. Ajouter une
nouvelle drogue de la même catégorie que le tabac et
l’alcool constituerait une
erreur historique, surtout au moment où les politiques de
lutte contre l’abus de ces deux substances reçoivent enfin
l’attention qu’elles méritent.»
Rapport
annuel 2001 de l’OICS, § 230
Le
Vatican s‘oppose à toute forme de légalisation des drogues
«La
drogue est un mal. Son usage, qui se répand de plus en plus,
menace la société et ne peut être combattu que par une prévention
ciblée, la thérapie et les interdictions légales. Il faut
s‘opposer à la libéralisation des drogues douces car elles
induisent également une dépendance psychologique.»
Association
faîtière des enseignantes et enseignants suisse (LCH)
«Les
connaissances récentes sur l‘augmentation de la concentration
en substance toxique des cultures modernes de chanvre et
l‘augmentation de la consommation que l‘on peut attendre
d‘une légalisation font réfléchir également les
enseignants aux opinions libérales. […] La libéralisation
affaiblirait les moyens que possède l‘école d‘intervenir
de manière préventive et disciplinaire.»
Communiqué
de presse du 21/1/03
Les sénateurs français veulent
rénover le dispositif législatif anti-drogue
Jean-Philippe
Chenaux, Centre Patronal, Paudex/Lausanne
"Le haschisch rend la société inutile à
l'homme, comme l'homme inutile à la société." C'est sur cette réflexion de Baudelaire que s'ouvre le monumental rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur la politique de lutte contre les drogues illicites publié, le 4
juin, à Paris.
Intitulé Drogue, l'autre cancer, ce pavé de 1'200 pages disponible sur le site internet
www.senat.fr/dossierleg/ppr01-348.html
inclut les réflexions d'une soixantaine d'intervenants confrontés à la toxicomanie. Ses auteurs veulent promouvoir en France un "changement d'atmosphère et de
philosophie" à l'égard des drogues, changement jugé d'autant plus nécessaire que le discours officiel tenu par l'ancienne majorité sur les drogues, leur dangerosité et leur interdit s'est
"brouillé". Comme en Suisse, où l'on veut aujourd'hui l'ancrer dans la loi sur les stupéfiants, le volet de la
"réduction des risques" a été privilégié "au détriment d'un véritable programme d'information et de prévention, notamment en direction des
jeunes".
Plus clairvoyants que la majorité du Conseil des Etats, les sénateurs français dénoncent les menées d'un "puissant lobby, notamment inspiré de l'étranger", qui promeut la dépénalisation ou la libéralisation du cannabis, mais aussi d'autres drogues. Les enquêtes les plus récentes montrent toutefois que les trois quarts de la population française rejettent tout discours banalisant. Aussi est-il encore temps, estime la commission sénatoriale, de réagir contre une trop longue dérive en mettant en place une nouvelle politique de lutte contre les drogues illicites à la fois "forte, claire et cohérente". Celle-ci devrait apporter une réponse judiciaire systématique et modulée à toutes les infractions, mettre en œuvre une prévention digne de ce nom dès le plus jeune âge, et notamment à l'école, renforcer le dispositif sanitaire de prise en charge, de traitement et de réinsertion, en privilégiant le sevrage et en développant les structures de post-cure, et prendre des mesures propres à réduire l'usage des drogues dans le monde du travail: lancement d'une campagne nationale sur les dangers liés à la toxicomanie en milieu professionnel, notamment dans les PME, rappel dans le règlement intérieur des entreprises de l'interdiction stricte de consommer des stupéfiants pour l'ensemble des postes et non seulement les postes à
risque, développement du rôle des médecins du travail dans le respect du secret médical.
"Le syndrome amotivationnel, cité dans la littérature pour la première fois en 1968, n'a jamais été confirmé", prétendait le Rapport sur le cannabis publié en 1999, à
Berne, par la Commission fédérale pour les questions liées aux drogues. Deux ans plus
tard, à Paris, un rapport de l'INSERM faisait état d'observations cliniques décrivant un état de démotivation des consommateurs réguliers et des syndromes amotivationnels sévères chez de grands consommateurs. Plusieurs experts auditionnés par la commission sénatoriale, dont le docteur Léon Hovnanian et le pharmacologue Renaud Trouvé, estiment aujourd'hui que le risque de désocialisation, largement documenté, touche particulièrement les jeunes, sur représentés dans la population consommatrice de
cannabis.
Les études relatives aux effets du cannabis sur la conduite automobile montrent toutes un risque aggravé après usage de cette drogue. Les conséquences de l'usage de drogues en milieu professionnel en termes de sécurité, de capacités de travail et de qualité des relations sociales sont elles aussi avérées. Selon le Dr Mura, les tests pratiqués sur les candidats à l'embauche pour un poste de sécurité dans une centrale nucléaire se sont révélés positifs dans 13% des cas!
La commission sénatoriale voit aussi dans le cannabis un puissant facteur de délinquance;
"une délinquance active et souvent violente qui pèse directement sur l'insécurité ressentie par la population", précise M. Pierre Mutz, directeur général de la gendarmerie nationale. De surcroît, estime le criminologue Xavier Raufer, la libéralisation de l'usage des drogues est susceptible d'exacerber la concurrence entre trafiquants. Celle intervenue en Espagne en 1982 avait été suivie d'une explosion des vols à main
armée.
Pour toutes ces bonnes raisons et quelques autres encore, la commission sénatoriale propose de réaffirmer l'interdit de l'usage de stupéfiants, mais dans des conditions telles qu'il soit compris, accepté et
respecté.
Voilà un document et des conclusions qui devraient retenir l'attention de nos parlementaires à
Berne.
Projet
de révision de la loi sur les stupéfiants:
un
démantèlement de la législation anti-drogue
Jean-Philippe
Chenaux, Centre Patronal, Paudex/Lausanne
I.
La politique de la drogue en Europe (développements récents)
II.
La prescription d’héroïne
III.
Le principe d’opportunité appliqué aux consommateurs
de drogues «dures»
IV.
L’ancrage de la politique des 4 piliers dans la loi
V.
Le renforcement du rôle moteur de la Confédération dans
la politique de la drogue
VI.
La légalisation de facto du cannabis et
les sept mensonges du lobby de la drogue
VII.
L’alibi du «renforcement de la protection de la jeunesse»
Conclusion
Projet
de révision de la loi sur les stupéfiants:
un
démantèlement de la législation anti-drogue
Exposé
présenté par Jean-Philippe Chenaux[1]
lors de la séance de la Commission de la sécurité sociale et de
la santé publique du Conseil national, le 23 octobre 2002, à
Berne
Il
y a quelques années, la cheffe du Département fédéral de
l’Intérieur (dont dépend l’Office fédéral de la santé
publique) avait plaidé la cause de villes qui se veulent «le
laboratoire où des apprentis-sorciers prennent des risques»[2].
La phase expérimentale est aujourd’hui terminée. On passe au démantèlement
de la législation anti-drogue.
Le
projet de révision de la loi fédérale sur les stupéfiants (LStup)
adopté par le Conseil fédéral en mars 2001 ne propose pas
seulement la dépénalisation de la consommation du cannabis et de
ses actes préparatoires (petit trafic). Il prévoit pour la
culture du «chanvre à drogue» et le commerce des produits
cannabiques qui en dérivent, ainsi que pour la consommation de
toutes les autres drogues, des dispositions qui vont très loin
dans la direction de Droleg, initiative qui a pourtant été balayée
par le peuple en 1998. Si le Parlement devait accepter les
modifications proposées, et en l’absence – il est vrai peu
probable – d’un référendum, ce projet ferait de la Suisse un marché de toutes les drogues beaucoup plus
redoutable encore que celui des Pays-Bas.
I.
La politique de la drogue en Europe (développements récents)
La
Suisse, de par sa position centrale en Europe, son rôle de place
financière internationale, ses activités dans le domaine
humanitaire, ne saurait procéder à une révision de sa loi sur
les stupéfiants sans tenir compte de la situation dans le reste
du continent et des conventions qu’elle a signées dans le cadre
des Nations Unies.
Dans
le Message concernant la révision de la LStup du 9 mars
2001, les pages consacrées à l’évolution de la politique
internationale en matière de drogue (pp. 3548-3550) mettent
l’accent sur les mesures ou les projets de libéralisation du
marché de la drogue en Europe, donnant l’impression qu’il
s’agit là d’un mouvement irréversible allant «dans le sens
de l’histoire». Or il n’en est rien. Des développements récents
montrent au contraire que les politiques laxistes n’ont plus le
vent en poupe.
Le
signal a été donné en janvier dernier par l’assemblée
parlementaire du Conseil de l’Europe, lorsqu’une
majorité de députés de tous horizons politiques a rejeté le rapport
Flynn sur la toxicomanie[3],
qui célébrait les très hypothétiques vertus du modèle suisse
des quatre piliers.
En
Suède, le premier ministre Göran Persson a déclaré haut
et fort dans son discours d’ouverture de la session
parlementaire, le 1er octobre 2002, que les drogues devaient être combattues et que le
plan d’action prévu à cet effet pour la période 2002-2005
avait été doté d’un budget de 325 millions de couronnes (52
millions de francs). Le chef du gouvernement, issu de la social-démocratie,
a annoncé toute une série de mesures visant non à la prétendue
réduction des risques (harm reduction)
chère à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), mais
à une
réduction de l’offre et de la demande de drogues,
seule façon d’obtenir des résultats dans la lutte
contre la toxicomanie. Je cite quelques-unes de ces mesures
pour vous montrer que, dans ce pays scandinave, comme dans tous
les pays qui nous entourent, on ne veut pas «vivre avec la drogue».
La
Suède va augmenter le nombre de lieux de réunion sans drogue et
renforcer les réseaux anti-drogue prévus pour les jeunes. Les
soins prodigués aux consommateurs de drogue vont être développés.
Le nombre de places dans les maisons de traitement spécialisées
pour les jeunes sera augmenté. Des ressources supplémentaires
seront allouées au Coordinateur national anti-drogue, qui a
ouvert un secrétariat baptisé «Mobilisation contre les drogues».
Le nombre des policiers engagés dans la lutte contre le trafic de
stupéfiants sera lui aussi accru et les contrôles exercés aux
frontières renforcés. De nouvelles initiatives pour la lutte
contre le crime organisé seront prises[4].
Au
Danemark voisin, le gouvernement a finalement renoncé
à son projet de distribuer de l’héroïne aux héroïnomanes.
Des initiatives sont en cours pour lutter contre le trafic de
drogue notamment dans le quartier «alternatif» de Christiania,
à Copenhague, en face de Malmö, où viennent s’approvisionner
de nombreux jeunes Suédois. L’effet «tâche d’huile» de
Christiania, bien connu des épidémiologues, est dénoncé depuis
longtemps par les autorités suédoises.
Aux
Pays-Bas, pays longtemps considérés dans les
milieux favorables à la légalisation des drogues comme «le»
modèle à suivre, on examine un programme de réforme qui prévoit,
outre l’interdiction des tests des pilules d’ecstasy, la
fermeture de nouveaux coffee shops situés dans les localités
proches de la frontière et diverses autres mesures pour décourager
le «tourisme de la drogue». Ce revirement résulte de la
pression de l’opinion. Il est lié en partie à une augmentation
de la consommation de pratiquement toutes les drogues – cannabis,
cocaïne, amphétamines, ecstasy et champignons hallucinogènes
– constatée chez les jeunes, comme en témoigne la toute dernière
enquête du Centre for Drug Research (CEDRO) et de l’Université
d’Amsterdam[5].
L’Italie,
le seul pays européen avec les Pays-Bas dont la politique
en matière de drogue contrevient depuis plusieurs années[6] à certaines dispositions des conventions des Nations
Unies, vient de se doter pour la première fois d’un plan général
de lutte contre la toxicomanie. Un des points principaux du
nouveau projet gouvernemental italien est d’assurer aux
toxicomanes un traitement
axé sur l’abstinence complète de toute consommation de drogue.
Ce projet vise à une réduction drastique de
l’offre et de la demande de drogues, allant très au-delà de la
pratique minimaliste de la prétendue «réduction des risques».
En
Allemagne, le gouvernement du chancelier Schröder
continue de s’opposer résolument à la dépénalisation du
cannabis malgré la pression des Verts. Mme Marion
Caspers-Merk (SPD), déléguée du gouvernement aux questions de
drogue, a déclaré encore récemment qu’une telle mesure serait
une erreur. Cette politique fédérale restrictive coexiste tant
bien que mal avec une politique de «réduction des risques»
comportant la mise à disposition de locaux d’injection et la
prescription d’héroïne à titre expérimental (et non comme «traitement»)
dans quelques grandes villes.
En
France,
le nouveau gouvernement examine un certain nombre de propositions
en vue de répondre à la dégradation de la situation sur le
front des drogues, y compris dans les rave-parties et
autres soirées disco. Des institutions scientifiques multiplient
les mises en garde contre toute consommation de drogues, cannabis
compris (cf. infra).
Toutes
ces initiatives concourent à la promotion de la santé et à la
protection de la jeunesse. Elles répondent aux exigences des
conventions internationales sur la drogue et s’inscrivent dans
le cadre de la coordination de la lutte contre la drogue au plan
international assurée par l’Organe international de contrôle
des stupéfiants (OICS), gardien des conventions.
Le
projet de révision de la LStup adopté par le Conseil fédéral
en mars 2001 sape ces efforts et porte préjudice à la
collaboration internationale en général et européenne en
particulier, puisqu’il prévoit:
-
de
légaliser la distribution d’héroïne;
-
de
libéraliser la consommation de produits dérivés du chanvre
et de tolérer largement sa culture et son commerce, allant
encore plus loin dans ce domaine que les Pays-Bas;
-
de
restreindre l’obligation de poursuivre pour la consommation
d’autres stupéfiants (drogues «dures» comprises);
-
d’inscrire
l’«aide à la survie» et la prétendue «réduction des
risques» dans la loi sous la forme d’un 4e
pilier de la politique de la drogue, avec la perspective de déstabiliser
encore un peu plus les trois autres piliers.
II.
La prescription d’héroïne
L’héroïne
est biffée de la liste des substances interdites (actuel
art. 8, al. 1, lit. b). La «prescription médicale d’héroïne»
accède officiellement au statut de thérapie reconnue
(art. 3e), au même titre que les traitements avec la méthadone.
La
loi en vigueur (art. 8, al. 8) précise que «le Conseil fédéral
règle le contrôle périodique de l’application des thérapies,
notamment en tenant compte de l’objectif de l’abstinence».
Cette précision importante n’apparaît plus dans le projet de
loi. L’objectif de l’abstinence n’est même pas mentionné
dans les buts généraux (art. 1, al. 1) fixés par la loi.
Circonstance
aggravante, les critères d’admission dans les programmes
de prescription d’héroïne (art. 8, al. 7, actuel)
ne sont plus définis dans la loi. Ceux-ci ne figureront
plus que dans une ordonnance: l’art. 3e, al. 3, précise en
effet que «le Conseil fédéral édicte des dispositions
particulières relatives au traitement avec prescription d’héroïne».
Il se contente de veiller à ce que l’héroïne ne soit «prescrite
qu’à des personnes dépendantes des stupéfiants pour
lesquelles les autres types de traitements ont échoué ou dont
l’état de santé ne permet pas d’autres traitements» […].
Ainsi, le Conseil fédéral se réserve la possibilité, à
l’avenir, de modifier – et d’adapter aux demandes du lobby
de la drogue – les modalités de la prescription de stupéfiants
dans la vingtaine de centres spécialisés, et cela sans que la
population ni le parlement ne puissent intervenir. Je rappelle que
les Pays-Bas, pays réputé particulièrement laxiste en matière
de drogue, ont fixé la barre beaucoup plus haut qu’en Suisse
pour l’admission dans leur propre programme de prescription
d’héroïne:
-
Age
d’admission:
en Suisse, 18 ans révolus (initialement: 20); aux Pays-Bas,
23 ans.
-
Dépendance
à l’héroïne:
en Suisse, au moins deux ans (et non DIX ans comme le prétend
le Message concernant la loi fédérale sur la prorogation
de l’arrêté fédéral sur la prescription médicale d’héroïne
du 3 juillet 2002[7]);
aux Pays-Bas, au moins cinq ans, sur la base de témoignages
documentés, et avec une consommation d’héroïne
quotidienne (ou presque).
-
Traitements
ambulatoires ou hospitaliers impliquant une autre méthode
reconnue:
en Suisse, interruption de deux essais; aux Pays-Bas, preuve
de l’échec d’un traitement de maintenance à la méthadone
(avec une consommation antérieure de plus de 60 mg de méthadone
par jour).
-
Déficiences
d’ordre médical, psychologique ou social dues à la
consommation de stupéfiants:
aux Pays-Bas, la gravité des déficiences est encore
précisée.
En
soulignant les différences qui existent entre les deux programmes
de prescription d’héroïne, je n’entends pas pour autant
prendre la défense de celui qui a été expérimenté aux
Pays-Bas de 1998 à 2001. Ces essais suscitent actuellement de très
vives critiques[8].
L’ancrage
dans la loi de l’héroïne comme médicament et de la
distribution d’héroïne comme un traitement thérapeutique (remboursable
par les assurances) serait une erreur grave qui se doublerait
d’une marque de mépris à l’égard de la communauté
scientifique internationale.
Il
convient de rappeler tout d’abord que la seule évaluation
scientifique indépendante du programme de prescription d’héroïne
est celle qui a été réalisée par des experts de l’OMS pour
le Conseil fédéral, à la demande de l’Organe international de
contrôle des stupéfiants. Or, sur la base de ce rapport publié
en avril 1999, le département Substance Abuse de l’OMS se
refusait à considérer la prescription d’héroïne comme une
alternative thérapeutique ayant fait ses preuves pour des
héroïnomanes.
Pour l’OICS, à Vienne, «le projet suisse ne s’appuie
pas sur des résultats scientifiques et médicaux». Aussi a-t-il déconseillé à tous les autres
pays de suivre cette voie[9].
Le
plus grave, dans ce domaine, c’est que les toxicomanes qui
consomment l’héroïne fédérale produite à Edimbourg et
conditionnée à Thoune sont maintenus dans leur dépendance,
voire
cimentés
dans leur camisole de force chimique.
Dans
le Message concernant la loi fédérale sur la prorogation de
l’arrêté fédéral sur la prescription médicale d’héroïne
du 3 juillet 2002, on affirme disposer de données
scientifiques pour la période allant jusqu’à fin 2000, mais
c’est en vain qu’on chercherait le moindre renseignement sur
le nombre de toxicomanes qui, depuis 1994, date du début des
essais, ont quitté
le programme de prescription d’héroïne pour suivre une thérapie
axée sur l’abstinence et qui, deux, trois ou cinq ans plus tard, peuvent être considérés comme
abstinents. Les seuls chiffres indiqués sont ceux de 175
patients arrivés au terme d’un «traitement à l’héroïne»
en l’an 2000, et de 127 d’entre eux qui ont commencé un
traitement à la méthadone OU une thérapie visant à
l’abstinence. Combien, parmi ces 127 toxicomanes, ont-ils suivi
une thérapie axée sur l’abstinence? Combien, parmi ceux qui
ont commencé un traitement à la méthadone, venaient-ils déjà
d’un programme de méthadone avant de recevoir de l’héroïne?
Et surtout, répétons-le, combien des quelque 2'000 toxicomanes
qui ont passé par le programme de prescription d’héroïne
depuis 1994 ont-ils choisi un traitement axé sur l’abstinence
et surmonté leur toxicomanie?
Les
experts de l’OMS demandaient dans leur rapport de mieux
documenter les cas de décès.
Cette demande ne paraît pas avoir été prise en compte. Le Message
du 3 juillet 2002 susmentionné – comme le rapport annuel de
l’OFSP sur Les traitements avec prescription d’héroïne
– sont en tout cas muets sur ce point. Le Rapport final des
mandataires de la recherche sur les essais de prescription médicale
de stupéfiants pour la période 1994-1996 faisait état (p. 91)
de 36 décès, dont 17 décès dus au sida et à d’autres
maladies infectieuses, 2 morts par surdose, dues à la
consommation de drogues illégales, et 4 suicides, dont deux au
cours du traitement. Il a été question par la suite de 13 décès
venus s’ajouter aux 36 premiers, mais ce chiffre de 49 décès
est aujourd’hui complètement dépassé. Pourquoi les données
permettant de comparer le taux de mortalité dans les programmes
d’héroïne et celui relevé dans les programmes de méthadone
ne sont-elles pas communiquées au public?
Selon
le Rapport final déjà cité, environ 80% des participants
qui sont entrés dans les programmes d’héroïne étaient en
bonne, voire très bonne santé. Qu’en est-il aujourd’hui, après
plusieurs années d’héroïnomanie entretenue par les pouvoirs
publics? Les effets néfastes liés à la consommation d’héroïne
sont très nombreux, allant des infections cutanées au risque de
décès par surdose, en passant par des effets cardiovasculaires,
des atteintes pulmonaires et respiratoires, des désordres
gastro-intestinaux, des atteintes rénales, neurologiques,
hormonales et immunes[10].
L’OFSP
attribue régulièrement la baisse du nombre de décès par
surdoses intervenu ces dernières années à l’effet
positif de la distribution médicalement contrôlée d’héroïne.
S’il est vrai que les décès liés à la drogue ont diminué
pendant cinq ans, de 1995 à 1999, leur nombre était en nouvelle
augmentation en l’an 2000 et l’on verra cette année
si cette hausse se confirme ou non après un léger recul l’an
dernier. Ce qu’il importe aussi de souligner, c’est que c’est
justement dans des cantons qui pratiquent la distribution d’héroïne
qu’une augmentation des décès a été constatée. L’exemple
de Zurich est intéressant à cet égard. La ville investit plus
de 10 millions de francs par an dans la distribution d’héroïne.
Elle met à disposition des toxicomanes plus de 300 logements
gratuits («Begleitetes Wohnen»), une demi-douzaine de locaux
d’injection, des véhicules pour la distribution de seringues,
de nombreux automates à seringues dans les lieux publics, etc.
Cela n’empêche pas le nombre des décès dus à la drogue de
faire un bond de plus de 30% en l’an 2000 (de 26 à 34). Dans
l’ensemble du canton de Zurich, on enregistre 64 surdoses en
2001, contre 45 en 1999. Les scènes ouvertes de la drogue n’ont
pas disparu et se déplacent au gré des circonstances, de la Bäckeranlage
aux parages de la Langstrasse, dans le Kreis 4. Le canton de Vaud,
lui, refuse de participer aux programmes d’héroïne. Il ne
dispose ni d’automates à seringues, ni de locaux d’injection.
Le nombre de surdoses non seulement n’a pas augmenté dans ce
canton, mais il y a diminué en passant de 21 en 1998 à 13 en
2001.
Autre
élément important à relever, les décès de toxicomanes
non inclus dans la statistique des surdoses – notamment
les décès dus au sida et ceux dus aux hépatites
– ont cessé de diminuer en 2000. La diminution observée de
1995 à 1998 s’expliquait par le recours aux nouveaux
traitements antiviraux, très efficaces.
A
l’ombre des campagnes de prévention contre le HIV et l’hépatite-B,
le virus de l’hépatite-C se propage à une
vitesse impressionnante. Aujourd’hui, une majorité des
consommateurs de drogue par voie intraveineuse sont infectés par
ce virus et, dans 70 à 85% des cas se développe une maladie
chronique qui conduit souvent à une cirrhose ou à un cancer du
foie irréversible. Il serait intéressant que le public soit
informé de l’incidence de ces infections sur le nombre de décès
dus à des hépatites chez les toxicomanes qui s’injectent des
drogues.
Subsidiairement,
la décision de mettre à la charge de l’assurance-maladie
la distribution d’héroïne à des toxicomanes est
inadmissible. Santésuisse, l’ex-Concordat des
assureurs-maladie, s’est dit «consterné» par cette décision
et voici, parmi les réactions recueillies par le Centre Patronal,
celle d’un chef d’entreprise: «Comme aucune pression visant
à l’abstinence n’est exercée, ni aucune limite mise à la
distribution, on peut s’attendre à voir grossir régulièrement
l’effectif des personnes dépendantes au bénéfice de ces
mesures.» Dans ces conditions, ajoute-t-il, «c’est vraiment se
moquer des assurés que de vouloir leur faire supporter un coût
qui ressort de la politique de la drogue et non de la santé. De
telles décisions contribuent à jeter le discrédit sur les
autorités fédérales.» Le fait que le nombre de places
disponibles pour la distribution d’héroïne ne soit pas entièrement
occupé ne saurait préjuger de l’évolution de la situation si
l’héroïne devait un jour être considérée par la LStup comme
un «médicament» (la diaphine – nom de marque de l’héroïne
– a déjà été enregistrée comme produit thérapeutique en décembre
2001) et la prescription d’héroïne, de mesure d’«aide à la
survie», devenir définitivement un «traitement» relevant du
pilier de la thérapie.
La
prescription d’héroïne porte incontestablement atteinte à
l’offre de thérapies résidentielles axées sur l’abstinence.
C’est un prolongement de la dépendance, qui démotive le
toxicomane à imaginer de vrais moyens de sevrage et de réhabilitation.
Le changement de politique en matière de subsides a aggravé la
situation. Plusieurs établissements résidentiels ont dû fermer,
d’autres sont aussi condamnés à plus ou moins brève échéance.
On ne dispose pas de statistiques pour ces deux dernières années,
mais le tableau pour la période 1996-1999 est déjà très
parlant: de 173 communautés thérapeutiques, on est passé à
161, qui offrent des places pour moins de 2'000 personnes. Le
nombre de centres résidentiels a ainsi déjà diminué de 7%.
Aujourd’hui, la baisse doit largement dépasser 10%.
Dans
le débat sur l’avenir de ce type d’institutions, les
critiques se focalisent sur les coûts, sans prendre en considération
la qualité des soins.
Pour
ce qui est des coûts, il est certain que, sur la
durée, un traitement axé sur l’abstinence revient beaucoup
moins cher que la prescription d’héroïne. Il est rare que des
consommateurs réguliers de drogue puissent rester longtemps intégrés
dans la société. Ces toxicomanes doivent être soutenus toute
leur vie par les services sociaux, les caisses-maladie et
l’assurance invalidité.
Pour
ce qui est de la qualité des soins dans les centres
résidentiels,
elle n’est pas en cause. Une étude a montré qu’un an après
la fin de la thérapie, deux personnes sur cinq (40%) ne
consommaient plus de drogue. La Fondation du Levant, à Lausanne,
avec une cure de dix mois et une postcure de quatre mois, affiche
un taux de succès à 5 ans de quelque 50%. La Fondation des Rives
du Rhône, à Sion, obtient des résultats non moins encourageants
avec une cure de deux à trois ans. Ces institutions risquent
toutefois de devoir réduire leurs prestations si des toxicomanes
provenant d’autres cantons ne sont plus autorisés à y suivre
des cures et si le canton ne prend pas immédiatement et intégralement
le relais de l’OFAS et de l’OFSP sur le plan financier en
adoptant le modèle FIDé imposé par la Confédération.
III.
Le principe d’opportunité appliqué aux consommateurs de drogues «dures»
Le
principe d’opportunité s’appliquerait à la consommation de
toutes les drogues, drogues dites «dures» comprises, avec la
limitation de l’obligation de poursuivre et de pénaliser la
consommation de stupéfiants sans indication médicale (art. 19d).
Ainsi, la consommation de cocaïne, d’héroïne, d’ecstasy, de
GHB ou de «pilules thaïes» serait autorisée si «les stupéfiants
saisis sont destinés à la consommation personnelle», si «la
consommation personnelle n’a pas lieu en public» et si «l’auteur
n’a pas, par son infraction, donné à un tiers la possibilité
d’en consommer».
La
compétence donnée au Conseil fédéral de limiter l’obligation
de poursuivre les infractions à la loi produirait peu ou prou les
mêmes effets qu’une décriminalisation matérielle,
ce qui serait problématique du point de vue de la légalité.
Cela reviendrait en effet à échapper au principe de la légalité
des poursuites propre au système juridique suisse.
Cela
constituerait une atteinte directe à la compétence des
cantons, qui ont actuellement une approche diversifiée et
adaptée à leur situation particulière dans ce domaine.
Du
même coup, on remettrait en cause l’effet préventif des réglementations
restrictives et l’on porterait un coup terrible à la prévention
primaire et secondaire destinée aux jeunes.
Quand
on connaît le prosélytisme dont sont capables certains
consommateurs de drogues, on ne peut attendre d’une telle
disposition qu’une dissémination accrue de toutes les drogues
dans la société.
IV.
L’ancrage de la politique des 4 piliers dans la loi
La
prétendue «réduction des risques» (harm
reduction) et son avatar helvétique, l’«aide à la
survie», sont ancrés dans la loi (art. 1a) au même
titre que les trois autres piliers.
«L’élimination
des lacunes existantes» est l’une des priorités du Conseil fédéral.
Par «lacunes existantes», il faut entendre les disparités
d’un canton à l’autre, notamment dans les offres dites «à
bas seuil» (d’exigences): «shootoirs», matériel
d’injection (flashbox dans les automates où l’obtention de
seringues n’est plus liée à la restitution de seringues usagées),
etc.
Les
cantons qui ont refusé jusqu’ici l’ouverture de «shootoirs»
(en Suisse romande, tous sauf Genève) et ceux qui sont opposés
à l’installation d’automates à seringues sur les places
publiques devront s’aligner.
V.
Le renforcement du rôle moteur de la Confédération
dans la politique de la drogue
Des
pouvoirs exorbitants sont donnés à la Confédération en matière
de coordination, de planification,
d’orientation de l’offre, de formation et
de recherche scientifique (art. 3h-l).
La
Confédération pourra intervenir, par exemple, au niveau de la coordination
de l’offre dans le domaine de la «réduction des risques»
et de l’«aide à la survie» en uniformisant les offres de matériel
d’injection (flashbox).
Comme
des études pourront être conduites en vue de l’utilisation médicale
de substances interdites, les essais effectués pendant six ans
(1988-1993) sur plus d’une centaine de personnes avec du LSD, de
l’ecstasy et de la psilocybine pourront reprendre en toute légalité.
Les
cantons, comme la Confédération, devront faire face à des dépenses
supplémentaires inhérentes à ce que le message du
Conseil fédéral appelle (p. 71) «l’amélioration qualitative
et quantitative de l’offre dans les domaines de la thérapie et
de la réduction des risques».
Les
dépenses accrues occasionnées par la «réduction des risques»
et la nouvelle «thérapie» à base d’héroïne seront faites
aux dépens des centres résidentiels offrant des programmes de réhabilitation
axés sur l’abstinence.
VI.
La légalisation de facto du cannabis
Seront dépénalisés la consommation de «stupéfiants ayant des effets
de type cannabique» et les actes préparatoires à la
consommation personnelle de ces substances (art. 19c). De surcroît,
la culture du chanvre en vue de produire de la drogue, la
production et le commerce de dérivés cannabiques seront tolérés
selon le principe de l’opportunité (art. 19f).
Par
opposition au principe de la poursuite obligatoire, ou de la légalité
des poursuites, le principe d’opportunité prévaut lorsque le
procureur a la possibilité de décider s’il veut poursuivre ou
non. Mais ici, le législateur déléguera au Conseil fédéral la
compétence d’édicter une ordonnance qui fixe les conditions
auxquelles les autorités (y compris la police) devront renoncer
à des poursuites pénales.
Les
conditions auxquelles la culture, la production et le commerce
seront tolérés (art. 19f, al. 1 et 2) méritent le détour:
-
vente
à des personnes de plus de 18 ans,
-
pas
de risque élevé pour la santé (combien de THC?…),
-
petites
quantités vendues (5 gr par coffee shop, par
jour?…),
-
pas
de trouble de l’ordre public,
-
aucune
publicité,
-
aucune
exportation ni aucun trafic frontalier,
-
tenue
d’une comptabilité des opérations par le fournisseur ou le
trafiquant.
L’exportation
et le trafic frontalier empêchés? Il est évidemment illusoire
de vouloir faire respecter de telles dispositions quand on sait
que 0,2% seulement des voyageurs sortant de Suisse sont contrôlés.
La
révision proposée a été soumise au professeur Mark Pieth pour
examen de la conformité avec le droit international. Le
juriste bâlois parvient à la conclusion[11]
que cette révision n’est «pas contraire aux conventions
internationales en ce qui concerne la consommation, la culture et
le petit trafic de cannabis».
Le Message, publié le 9 mars 2001, mentionne brièvement un autre avis de droit demandé à l’Institut de droit comparé, à Lausanne, daté du 5 mars et du 6 juin 2001. Cet avis [12] délivré par Martin Sychold, collaborateur scientifique, et contresigné par Bertil Cottier, directeur adjoint, conclut certes que le projet de révision de la LStup n’est pas incompatible avec la Convention de 1961. L’avis de droit relève cependant que la légalité au niveau international du projet de révision dépendra de la manière dont la loi révisée sera mise en œuvre. En effet, un projet d’ordonnance, apportant des précisions sur l’application des mesures de poursuite pénale fixées dans l’art. 19f du projet de loi, a été soumis à l’institut au cours du processus de révision. Ce projet d’ordonnance prévoyait d’accorder aux petits cultivateurs et trafiquants qui s’annonçaient aux autorités la garantie de n’être pas poursuivis pénalement s’ils ne dépassaient pas un certain quota. De l’avis de l’institut, une telle garantie correspondrait effectivement à une dépénalisation partielle de la culture et de la distribution du cannabis. Pour satisfaire aux obligations résultant du droit international dans ce cas de figure, la Convention exigerait la mise en place d’une régie d’Etat pour contrôler la culture et la distribution en gros du cannabis, ainsi qu’une institution du même type (ou alors un régime de patentes) pour le commerce de détail.
Pendant qu’on y est,
on pourrait instaurer un monopole d’Etat comme celui aboli au
Maroc par dahir du 24 avril 1954 ou celui aboli en Tunisie par décret
beycal du 23 avril 1953…
L’Organe
international de contrôle des stupéfiants, lui, ne plaisante pas
avec le projet helvétique. Dans son dernier Rapport 2001,
il adresse une solennelle mise en garde aux autorités suisses: «Ce
projet de législation déboucherait sur bien autre chose que la dépénalisation
de la consommation de cannabis et des actes préalables à
celle-ci» (§ 224). Ce serait «un pas sans précédent vers la légalisation
de la consommation, de la culture, de la fabrication, de la
production, de la détention, de l’achat et de la vente de
cannabis à des fins non médicales» (§ 225).
L’OICS
est formel: «Cela ne saurait être conforme aux traités
internationaux relatifs au contrôle des drogues, et notamment à
la Convention de 1961.» En outre, «la création d’un marché
"licite" pour le cannabis dans un pays a toute chance
d’encourager la production de cette substance dans d’autres
pays, ce qui prive de sens le système international de contrôle
des drogues» (§ 225). L’OICS affirme enfin qu’«ajouter une
nouvelle drogue de la même catégorie que le tabac et l’alcool
constituerait une erreur historique, surtout au
moment où les politiques de lutte contre l’abus de ces deux
substances reçoivent enfin l’attention qu’elles méritent» (§
230).
Fait
particulièrement inquiétant, la Suisse n’a pas encore ratifié
la Convention des Nations Unies de 1988 contre le trafic
illicite de stupéfiants et de substances psychotropes.
Elle se trouve placée de ce fait au ban des nations européennes,
en compagnie de l’Albanie. La raison invoquée par Mme
Dreifuss a longtemps été le fait que le débat sur
l’initiative Droleg imposait cette abstention jusqu’à décision
populaire connue. Il y a longtemps que Droleg a été rejetée,
mais la convention de 1988 n’a toujours pas été ratifiée. Le
fait est que l’adoption du projet de révision serait
incompatible avec une ratification et que la formulation de réserves
ne serait pas admise. Les juristes de l’OICS, à Vienne, sont
formels sur ce point: la Convention de 1988, article 3, paragraphe
2, exclut toute forme de dépénalisation des mesures préparatoires,
c’est-à-dire du petit trafic qui serait toléré pour la
consommation personnelle. En d’autres termes, cette convention
exige l’incrimination formelle dans les textes de la culture, de
l’acquisition, de l’importation et de la possession de stupéfiants
en vue de la consommation personnelle. La Convention, au-delà de
cette exigence, ne demande pas de mettre les usagers en prison,
mais au contraire laisse la liberté aux Etats en ce qui concerne
les mesures pénales ou sociales de prise en charge à prévoir.
La
Commission Schild avait essayé de contourner l’obstacle en
proposant que la Suisse formule des réserves:
«Il faudra apporter une déclaration interprétative (c’est-à-dire
que le Conseil fédéral déclare qu’il ne se sent lié par les
dispositions concernant le principe d’opportunité que dans la
mesure où elles sont compatibles avec la législation et la
politique en matière de criminalité en Suisse).
Une
telle position est indéfendable. Il ressort de la doctrine et de
la jurisprudence en matière de droit international qu’un Etat
signataire d’une convention ne peut faire de réserve sur ce qui
constitue le cœur même de cette convention – ce
qui est le cas de l’article 3 de celle de 1988 – sous peine de
vider cette convention de sens et de la rendre sans objet. Du
reste, les quelque 150 Etats qui l’ont ratifiée le savent et
aucun ne se serait permis une telle privauté.
Les sept mensonges
du lobby de la drogue
Les
propositions concernant le cannabis découlent en grande partie du
Cannabisbericht, ou Rapport sur le cannabis (1999),
un rapport partiel, partial et, aujourd’hui, totalement obsolète
puisqu’il ne tient pas compte de la généralisation de nouveaux
produits cannabiques à forte concentration de THC (jusqu’à
20-25% pour la marijuana, et beaucoup plus pour l’huile de
cannabis et le haschisch).
Ce
projet repose sur au moins sept mensonges ou contre-vérités mis
en circulation ou véhiculés par l’Office fédéral de la santé
publique et ses dépendances, puis repris peu ou prou par le
Conseil fédéral dans son
Message.
1.
Le premier mensonge est un mensonge par omission. On s’appuie
sur le rejet des initiatives Jeunesse sans drogue (1997) et Droleg
(1998) pour tenter de légitimer le démantèlement de la LStup. On
occulte les conclusions de l’analyse des résultats de ces
scrutins. S’agissant de Jeunesse sans drogue,
l’analyse VOX concluait qu’«il serait hasardeux, et même
erroné, d’interpréter le rejet massif de Jeunesse sans drogue
comme un signe d’encouragement pour une politique beaucoup plus
libérale». S’agissant de Droleg, l’analyse VOX relevait une
«grande homogénéité sociale et politique quant au refus
d’une libéralisation des drogues». Un troisième scrutin,
celui sur la distribution d’héroïne (1999), a été marqué
par l’absence de véritable consensus, avec une courte majorité
acceptante à l’échelle nationale et le refus de cinq cantons
romands sur six.
2.
Ecrire, comme le fait le bulletin de l’OFSP Spectra (mai
2001), que «pour plus d’un demi-million de personnes, la
consommation – illégale – de cannabis fait partie du
quotidien en Suisse», relève de la désinformation pure
et simple. Ce chiffre amalgame les nombreux Suisses qui ont fumé
un ou deux «joints» et ceux qui, aujourd’hui, en font un usage
récréatif occasionnel ou quotidien. L’ISPA évalue le nombre
des consommateurs quotidiens à environ 87'000 (6,5% des
adolescents et 5% des jeunes adultes). C’est un chiffre inquiétant,
mais sans commune mesure avec celui de plus de 500'000 fumeurs au
quotidien mentionné par les services de l’OFSP.
Au
demeurant, l’adage «la loi doit suivre les mœurs» que l’on
invoque à l’appui de ces chiffres artificiellement gonflés est
un adage commode qui ne dit pas tout: il y a une part de
volontarisme dans l’organisation sociale et le but du
parlementaire et du magistrat n’est pas de mouiller l’index
pour dire d’où vient le vent. Selon un magistrat genevois, Me
Marc Bonnant, «aller avec le vent, c’est se préparer un
avenir de feuille morte».
3.
Prétendre qu’il s’agit de «sortir de la logique de la
répression» est un grossier mensonge quand on sait que
la loi actuelle permet déjà, avec son article 19b, d’exempter
le consommateur de toute peine s’il s’agit de quantités
minimes.
4.
Affirmer qu’«une consommation modérée de cannabis ne
met pas la santé plus en danger que la consommation d’autres
substances légalement admises» (Message du 9 mars 2001, p. 3540) est sans doute le mensonge le plus
grave. S’agissant des seuls effets sur le développement de
cancers, il est établi que le dépôt pulmonaire de goudrons
issus de la combustion de cannabis est environ trois fois supérieur
à celui induit par la fumée de tabac[13].
Le volume du dépôt pulmonaire de goudrons varie en fonction du
mode de consommation du «joint»: beaucoup de consommateurs
inhalent plus profondément la fumée d’un «joint» que celle
d’une cigarette. Outre le risque accru de cancer des voies
respiratoires, on a occulté ou minimisé:
-
les
effets sur le système immunitaire («le système immunitaire
humain est relativement résistant aux effets
immunosuppresseurs des cannabinoïdes», note le Rapport
sur le cannabis de 1999, p. 29; or, pour ne citer qu’un
exemple, la suppression de l’immunité contre la legionella
pneumophila, la bactérie à l’origine de la maladie du légionnaire,
a été confirmée dans The Journal of Immunology
164/2000);
-
la
gaméto-toxicité (douze chapitres de l’ouvrage Marihuana
and Medicine[14] font état des travaux originaux qui démontrent
avec les dernières techniques moléculaires que le cannabis,
plus que toute autre drogue psychotrope, cible les gamètes mâles,
provoquant une augmentation des formes anormales);
-
les
altérations de l’ADN et des chromosomes (cf. l’ouvrage précité
et notamment ce qui concerne le phénomène d’apoptose ou de
mort cellulaire programmée);
-
l’atteinte
neuro-toxique du cerveau (qui induit pertes de mémoire, délires,
psychoses, etc.);
-
la
dépendance physique au cannabis (dans le Rapport sur le
cannabis, p. 27, cette dépendance est qualifiée de «très
faible». «La dépendance physique au cannabis est une réalité
que vingt-cinq ans d’études sur le terrain m’ont confirmée»,
estime le Dr Hovnanian, CNID, Contre la drogue,
No 22, mars 2001; la dépendance vis-à-vis du
cannabis serait même aussi forte que celle que provoque la
cocaïne, selon les chercheurs du NIDA, Institut national sur
l’abus des drogues, aux Etats-Unis (Nature Neuroscience,
novembre 2000);
-
le
syndrome amotivationnel résultant d’une consommation régulière
(«Cité dans la littérature pour la première fois en 1969,
il n’a jamais été confirmé», prétend le Rapport sur
le cannabis, p. 26).
En
France, trois rapports scientifiques publiés en 2001 et 2002
mettent en garde contre les dangers du cannabis.
L’expertise
collective de l’Inserm publiée en novembre 2001 sous le titre Cannabis:
quels effets sur le comportement et la santé? s’appuie
sur les données scientifiques d’environ 1’200 articles et
documents disponibles en septembre de la même année.
Le
rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix
scientifiques et technologiques (Opecst), intitulé L’impact
éventuel de la consommation des drogues sur la santé mentale de
leurs consommateurs et
rendu public le 21 février 2002, retient parmi les
risques engendrés par cette drogue l’aggravation des psychoses,
délires hallucinatoires et schizophrénies.
Quant
au rapport de l’Académie nationale de médecine, Drogues
illicites d’aujourd’hui et santé, publié deux jours plus tôt, il recommande «le
bannissement de toute tentative de banalisation» du cannabis, qui
«peut avoir de sévères conséquences sur le plan physique et
psychique, professionnel et social». Il demande aux politiques
d’insister sur «la perte de liberté que peut induire la
consommation de cannabis – surtout lorsqu’elle est intensive
et associée à celle de tabac, d’alcool et parfois d’autres
drogues illicites – et de prendre le contre-pied de ceux qui préconisent
la facilité d’accès au cannabis au nom justement de la liberté
individuelle». Il réclame «la systématisation» de la
recherche de cannabis dans les accidents de la route et recommande
d’«inclure un enseignement spécifique sur les drogues au cours
des études médicales».
5.
Déclarer que la nouvelle législation assurera la séparation
des trafics de stupéfiants est contraire à la vérité.
L’exemple néerlandais montre que lorsque le trafic de drogues
«dures» ne se déroule pas directement à l’intérieur des coffee
shops, c’est dans les abords immédiats de ces établissements
qu’on peut l’observer.
6.
Un mensonge lié au précédent: c’est le refus de voir dans le
cannabis une drogue-palier favorisant l’escalade vers les
drogues «dures». On sait que la consommation d’héroïne
et de cocaïne passe presque obligatoirement par une consommation
préalable de cannabis. Et si l’expérimentation d’une de ces
drogues ne concerne qu’une proportion restreinte des
consommateurs de cannabis, cette proportion représente tout de même
un nombre important de jeunes usagers en chiffres absolus compte
tenu de l’augmentation de la consommation de cannabis dans la
population générale.
L’enquête
hollandaise la plus récente montre que l’expérimentation du
cannabis (lifetime) dans la population des plus de 12 ans a
progressé de 15,6% en 1997 à 17% en 2001. Dans la ville
d’Amsterdam, ce taux a passé de 36,7 à 38,1%. La prévalence
du cannabis au cours du mois écoulé (last month prevalence)
est le fait de 408'000 Néerlandais en 2001 contre 325'000 en
1997. C’est surtout dans la classe d’âge des 20 à 24 ans que
cette augmentation a été la plus forte, faisant un bond de 31,7%
en 1997 à 41,9% en 2001. Dans le même temps, l’expérimentation
de la cocaïne (lifetime) passe de 2,1 à 2,9% pour
l’ensemble des Pays-Bas (avec un saut de 9,4 à 10% à
Amsterdam), celle de l’ecstasy de 1,9 à 2,9 % et celle des amphétamines
de 1,9 à 2,6 %.
Ces
chiffres, reflets de la réalité du terrain aux Pays-Bas, n’ont
rien de commun avec les discours idéologisants et lénifiants du
lobby de la drogue, qui cherche à démanteler la législation
suisse anti-drogue en adaptant à nos conditions un prétendu «modèle
hollandais» – principe d’opportunité en prime – qui est en
train de se solder par un fiasco sanitaire et social.
7.
Les partisans de la dépénalisation parlent régulièrement
d’une expérience à faire sans que l’on puisse prévoir
s’il y aura augmentation ou non de la consommation «dans
un premier temps». Il s’agit là encore d’un mensonge
éhonté, puisqu’il existe plusieurs exemples à l’échelle
d’une région ou d’un pays prouvant la corrélation
entre la disponibilité d’une drogue et la fréquence de son
usage. Outre l’exemple emblématique des Pays-Bas, on
peut citer celui de l’Alaska. Cet Etat a été le premier Etat
américain, en 1975, à légaliser la marijuana pour usage
personnel, sous prétexte de ne pas porter «atteinte à la vie
privée». Seize ans plus tard, en 1991, les citoyens de cet Etat
repénalisaient la consommation du cannabis après qu’on ait
observé une explosion de la consommation de ce psychotrope, et même
d’autres drogues, chez les adolescents. Ainsi, en 1989, 45% des
élèves des classes terminales de l’Alaska avaient consommé de
la marijuana au cours des trente jours ayant précédé l’enquête,
contre 17% en moyenne nationale.
VII.
L’alibi du «renforcement de la protection de la jeunesse»
Au
motif de «protéger la jeunesse», il sera interdit
de remettre des stupéfiants, «sans indication médicale», à
une personne de moins de 16 ans.
L’art.
19a prévoit ici l’emprisonnement et l’amende. Il se
fonde sur une disposition du Code pénal (136 CP) qui prévoit
l’emprisonnement ou l’amende pour celui qui aura remis
à un enfant de moins de seize ans – ou mis à sa disposition
– des boissons alcooliques, des stupéfiants et d’autres
substances en une quantité propre à mettre en danger la santé.
Par
ailleurs, l’autorisation d’annoncer les troubles liés à
l’addiction (art. 15 de la LStup en vigueur) sera élargie aux
enseignants, aux assistants sociaux, aux corps de police et aux
tribunaux (art. 3c).
Dire,
comme c’est le cas ici, qu’une dépénalisation doit
aller de pair avec une action musclée de prévention
est hypocrite. C’est dire une chose et son contraire. «Voilà
un vrai discours de pompier incendiaire!» a lancé Mme
Françoise Buffat (Tribune de Genève, 18.4.2001), pour qui
«nous vivons dans une société molle, permissive et tellement
culpabilisée qu’elle n’ose plus rien interdire».
Conclusion
La
révision de la loi proposée se traduirait par des
atteintes gravissimes à la santé liées à une augmentation de
la consommation de drogues, avec une augmentation concomitante et
inéluctable des charges sociales.
Prétendre
que des économies seraient réalisées au titre des activités de
police et de justice est irréaliste. C’est vouloir ignorer que
maints consommateurs de stupéfiants sont aussi sous le coup
d’une inculpation pour d’autres délits. La dépénalisation,
dans ces concours d’infractions, n’aurait qu’un
faible impact sur l’activité des offices judiciaires (juges
d’instruction et tribunaux). On peut aussi penser que le volume
des délits grossira avec l’augmentation de la production, du
commerce et de la consommation de produits cannabiques qui résulterait
à coup sûr d’une dépénalisation de la consommation et de ses
actes préparatoires.
La
révision proposée saperait tous les efforts de prévention
des parents, des enseignants et des éducateurs. Elle faciliterait
l’entrée en toxicomanie: en effet, elle priverait les
adolescents d’un utile interdit en le déplaçant vers des
drogues comme l’héroïne et la cocaïne, mais aussi vers
l’ecstasy, le GHB et autres «pilules thaïes». Les éducateurs
sérieux s’accordent à le reconnaître: les interdits
permettent aux adolescents de construire leur personnalité et de
la structurer.
Ce
sont encore une fois les plus faibles et les plus vulnérables
de la société qui pâtiraient d’une telle révision.
Comme
toutes les mesures qui «positivent» la consommation de drogue,
cette révision constituerait aussi un formidable
signal
pour les dealers.
La
Suisse, déjà qualifiée en Allemagne de «Paradies
für Kiffer»[15],
se retrouverait complètement isolée
au sein d’une Europe qui refuse de légaliser l’usage de stupéfiants. Elle créerait un
puissant «appel d’air»,
devenant un
super-marché
de toutes les drogues.
Il
appartient maintenant au parlement de faire passer l’intérêt général
et la recherche du bien commun avant les revendications du lobby
de la drogue.
Le
peuple suisse devrait de toute façon avoir le dernier mot.
JPC/23.10.2002
A
l’heure du débat
Mme
Menétrey (Verts/VD) exprime des réserves sur deux points du
projet de loi:
a)
«Est-il correct de faire figurer la prescription d’héroïne
dans la thérapie plutôt que dans l’aide à la survie?»
Réponse:
le transfert de la prescription d’héroïne dans le pilier thérapie
ne ferait qu’aggraver la situation actuelle.
b)
«Ne devrait-on pas renforcer les conditions d’admission dans
les programmes d’héroïne?»
Réponse:
les conditions fixées aux Pays-Bas peuvent être considérées
comme plus rigoureuses que celles prévalant en Suisse, mais
l’expérience hollandaise conduite entre 1998 et 2001 fait
elle-même l’objet de sévères critiques aux Pays-Bas.
Mme
Egerszegi (rad./AG): «Que fait-on des personnes fortement dépendantes
et très atteintes dans leur santé qui n’ont pas supporté un
traitement à la méthadone ou axé sur l’abstinence?»
Réponse:
on retrouve précisément ces personnes très atteintes dans leur
santé parmi les 33% de participants qui ont quitté plus ou moins
rapidement les programmes de distribution d’héroïne, ne
supportant pas les contraintes liées à la distribution. Cette
question reste donc sans réponse.
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